Le Placard d'elle

Les éléments

Il a neigé et il fait froid. Lorsque je regarde les actualités télévisées, j'ai souvent l'impression que les éléments naturels sont toujours des catastrophes : attention alerte de niveau 2, attention alerte de niveau 3... Si je ne conteste pas le fait que certains phénomènes climatiques puissent être très dangereux, la réalité des faits nous le rappelle malheureusement parfois,  je ne peux cependant pas m'empêcher de constater que bien des fois ces éléments classés par Météo France comme potentiellement dangereux ont  été pour moi source de plaisirs intenses.

Le froid et la neige


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uand je me réveillais le matin dans ma chambre sans chauffage, la première chose que je voyais, c'était le verre d'eau de ma soeur qui avait gelé, puis doucement je levais les yeux vers la fenêtre et là j'apercevais ces merveilleuses étoiles sur les carreaux dues probablement à l'alchimie entre la condensation de l'eau à l'intérieur et le mordant du froid à l'extérieur. Ca brillait de mille feux. Je savais alors que j'avais de nouveaux jeux.



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lisser sur des plaques de verglas, ça n'a jamais été mon fort mais aller par les chemins et percer la fine couche de glace des ornières que les tracteurs avaient laissées l'été et qui l'hiver venu se transformaient en mare, j'adorais cela. Parfois le pied se coinçait et c'était un suspens immense pour savoir si nous récupérerions ou non notre botte.



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orsque la neige venait, c'était encore plus fantastique. Au delà de la luge et du traditionnel bonhomme de neige, nous nous faisions de temps à autre bâtisseur pour construire un igloo. Nous roulions une boule, la découpions en brique puis l'assemblions conformément à nos maigres connaissances et notre idée de l'habitation d'un inuit. Il est même arrivé une fois alors que la neige et le verglas avaient recouvert la route, que notre père, cet inconscient, attache la luge à l'arrière de la voiture et nous emmène ainsi à l'école. A l'approche de la grande côte, nous étions quand même remontés dans la voiture.  Comme c'était un peu dangereux, il s'était bien gardé de le raconter à ma mère.



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e garde aussi un souvenir inoubliable de l'hiver 76. La glace avait alors totalement enrobé les branches des arbres pendant que le soleil, insolent, brillait de mille feux transformant ainsi la route en une splendide rivière de diamants. Il est ainsi des visions de la nature éphémères dont il faut profiter car ce sont des moments très rares.



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t puis, je dois à la neige le plaisir des grogs chauds, et des mains gelées qui rencontrent le  radiateur, la joie de retirer des bottes humides, la sensation de bien-être lorsque vous pénétrez dans une pièce chauffée, la douceur d'une brique chaude dans son lit;...   et puis, et puis,  la tartiflette , ce plat que ma cousine m'a fait découvrir lors d'un séjour à la neige.


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La Placardelle


                                              Laplacardelle

C'est un petit village qui n'existe nulle part. Sur les cartes, ce n'est même pas un petit point. La plupart du temps il n'est pas mentionné. Et pourtant, il en est passé du monde la-bas. Mais aujourd'hui, plus personne n'est là pour le raconter. Sauf peut-être ce site que j'ai trouvé par hasard : Photos d'argonne

Oui, je sais ce n'est pas gai comme images. Lorsqu'on se ballade, on trouve souvent quelques bombes posées comme ça, bien en vu pour qu'on ne risque pas de les heurter au hasard des chemins. Personne n'y fait attention tellement on est habitué. Mais rassurez vous, elles n'explosent jamais. Enfin on ne me l'a jamais dit. Bon, c'est vrai, il arrive quelque fois qu'un promeneur imprudent se prenne une étoile dans le pied, vous savez une étoile, ce truc en fer que les allemands plantaient dans la forêt pour qu'en marchant on s'empale dessus. J'ai appris ce qu'était une étoile quand mon cousin a fait une mauvaise rencontre avec l'une d'entre elles. Mais depuis, il court toujours la forêt. Quand aux bombres, les dernières qui ont fait parler d'elles, ce sont celles qui ont retentit dans toute l'argonne quand un immense feu détruisit la forêt de pin. Cette forêt, on l'appelle la zone rouge. Allez savoir pourquoi. Mais depuis, plus rien.

En fait, les morts moi, je n'en ai pas entendu parler, c'est comme si cette histoire n'existait pas. Et pourtant mon grand-père était bien un poilu. Y'a plein de photos de lui dans nos albums. Moi dans les tranchées, je voyais pas des morts, je voyais des champignons : des cêpes, des girolles, des pieds de mouton, des trompettes de la mort (étrange nom, étrange résonnance). Dans les champs, y'avait des pommiers, vous vous souvenez des pommiers, j'adore les pommiers. Y'avait aussi des champignons de rosée, des pommes de terre et puis des vaches, plein de vaches. Le long des routes, c'était pas l'infanterie qui passait, c'était les échelles qu'on portait pour aller cueillir les cerises et les noix. Le long des champs, y'avait pas de soldats embusqués, non y'avait plein de ronces avec des mures dessus. Le long des bois, c'était des noisetiers, de merveilleuses petites fraises, et à l'intérieur du bois, la seule chose qui nous faisait peur, c'était le sanglier qui risquait de passer, mais on avait moins de chance d'en rencontrer un que de rencontrer un obus déterré. Y'avait aussi des sources d'eau auxquelles j'allais me désaltérer, fallait savoir où. Dans les fossés c'était des escargots et au fond des rivières, c'était des vairons (petit poisson excellent en friture). Sous les ponts, personne ne nous épiait, y'avait juste quelques chauve-souris qui de temps en temps nous effrayaient.

Quant aux terribles Blockhaus, ils ne nous effrayaient pas du tout, on en avait fait nos cabanes. C'était bien pratique pour les jours de pluie. Les plus artistes d'entre nous en construisaient de plus esthétiques dans la forêt (pas des blockhaus, des cabanes en bois).

Nota : Si vous avez la curiosité d'aller sur les photos d'argonne, vous verrez que le village était sur le front pendant la grande guerre. Il a d'ailleurs totalement été détruit à part une maison. J'ai souvent ironisé en parlant des gens de mon pays en disant qu'ils ressemblaient aux sangliers qui hantent leur forêt, aussi taciturnes qu'eux. Mais en fait aujourd'hui et grâce à ce blog, j'ai compris que l'histoire ne s'efface pas aussi facilement d'autant que parmi les habitants de ces villages, beaucoup sont des descendants de ceux qui ont fait la grande guerre.


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Les oranges de Noël

http://leplacard-d-elle.mabulle.com/index.php/2005/12/16/26109-les-oranges-de-noel

guirlande

Maman n'aimait pas Noël, elle n'a jamais aimé Noël. Elevée dans une famille chrétienne traditionnelle, fallait pas tout mélanger. Elle disait toujours qu'on pouvait faire des cadeaux à la St Nicolas mais pas à Noël, ça c'était une idée venue d'ailleurs, Noël c'était avant tout la naisance du Christ. Alors, à Noël on avait pas beaucoup de cadeaux. Nous, enfants ne partagions pas son point de vue. On avait envie d'y croire au père Noël. Elle pour ne pas nous décevoir nous laissait poser nos chaussures au pied du sapin. Comme mes parents n'étaient pas riches, (Bon, je vous arrête tout de suite, on n'était pas de la famille du Petit Poucet quand même !) eh bien on trouvait au petit matin des oranges et puis des pates de fruits qu'elle avait pris soin de faire elle même.

Mais même si elle n'aimait pas le Père Noël et tous ses cadeaux, elle adorait tous les préparatifs qui entouraient cette fête. Le matin, mon père partait vers la forêt (non je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas de la famille du Petit Poucet). Il revenait quelques heures plus tard avec son trophée. On l'attendait de pied ferme. Puis on examinait sur toutes les coutures sa proie : il est trop grand, il est trop petit, il est pas assez fourni, y manque des branches. Passé ce rituel, il allait chercher un seau, mettait le sapin dedans, le coinçait avec des pierres et ensuite remplissait le seau d'eau pour que le sapin ne perde pas ses épines.

Ensuite, on s'amusait à le décorer. Ca allait très vite car il n'y avait pas grand chose à mettre dessus, une magnifique flèche en verre, un oiseau lui aussi en verre. de jolies boules en quoi ? eh bien en verre, de chétives guirlandes, et des bougies oui, vous avez bien lu des bougies. Leur bougeoir était en forme de pince à linge qu'on accrochait sur les branches. Enfin on complétait le tout par du coton pour faire la Neige. Et le soir de Noël, on avait le droit de les allumer. Quoi ! allumer des bougies sur un sapin rempli de coton ! Sont dangereux ces gens ! Mais les guirlandes électriques aussi c'est dangereux et on se méfie pas. Tiens, ma soeur elle a failli brûler sa maison avec.

Quelques années plus tard, au mystère du Père Noël a succédé le mystère de la guirlande électrique, comme il n'y en avait qu'une et que c'était la même tous les ans, allait-elle encore fonctionner quand on la brancherait. Mon père y veillait.

Sous le sapin fallait mettre la crèche. La Crèche avait été achetée année après année. Il fallait la repeindre tous les ans avec de la gouache. Elle faisait la fierté de la famille. Pour mettre la crèche, fallait faire le papier rocher. On commençait par badigeonner un papier Kraft de peinture marron, puis avec une brosse à dent et nos petits doigts, on projetait de la peinture de toutes les couleurs sur le papier. Vous savez : on trempait la brosse dans un peu de liquide coloré puis ensuite on passait le doigt dessus pour que ça gicle. C'était beaucoup plus rigolo que d'acheter le papier dans un Hyper. En plus de temps en temps, je vous raconte pas, ça dérapait.

La dernière étape, c'était le festin de Noël mais après la messe bien sur. C'est un peu comme vous avec moi, faut déjà que vous vous tapiez le pavé de lecture pour avoir droit à la recette. Et puis dans les jours qui suivaient fallait préparer les truffes qui étaient systématiquement distribuées à toute la famille et nous étions nombreux.

La buche de Noël,
Le paté de Noël
et les truffes au chocolat
A venir, si je retrouve la recette, les pâtes de fruits.

Si vous n'avez pas le temps de faire ces recettes à Noël, c'est pas grave parce que de toute façon, le paté ainsi que le gateau transformé en nid sont excellents aussi à Pâques. Pour ceux qui suivent, j'ai un nouvel appareil photo.


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Les vairons

J'aime le poisson et le premier souvenir de poisson qui me revienne, c'est celui du vairon. Jusqu'à la rédaction de cet article, je croyais que le vairon était le nom donné localement à ce poisson tout simplement parce qu'il était très petit. Prise d'un doute, j'ai vérifié son existence

Pour manger du vairon, il fallait le mériter. La première chose à faire c'était de trouver des vers de terre ou des asticots. Y'avait pas de magasin à côté pour en trouver dans une boîte, donc fallait creuser. Il fallait être courageux. Le plus dur, c'était pas d'affronter les asticots, non c'était d'affronter les garçons. Je crois bien que les asticots dans le dos, ça les a toujours fait rire.

Ensuite, on filait au grenier chercher notre vieux morceau de bambou au bout duquel pendait un fil de nylon. Le flotteur, c'était un bouchon mais quand même, y'avait un vrai hameçon. Ensuite, armés de notre gaule on descendait guillerets au bord de la rivière distante de 2 km de la maison. Fiers de nous, nous remontions quelques heures plus tard à la maison avec le fruit de notre pêche. Je n'y étais pas pour grand chose. J'ai bien essayé une ou deux fois, mais j'ai toujours eu un problème avec les animaux.

Maman les préparait ensuite. Soigneusement elle les vidait un à un (et c'est petit un vairon, ci-dessous photo du vairon ) puis les enrobait de farine et les jetait dans la friture. C'était excellent. Ca croustillait dans la bouche, un vrai régal.

Quelques années plus tard, pris de pitié par nos enfants qui essayaient vainement de pêcher du poisson avec un pot de yaourt attaché par une ficelle à un bâton, nous avons décidé de les initier à l'art de la pêche. On a donc acheté deux gaules. Mais les gaules sont restées dans le placard car pêcher, ce n'est pas si simple. D'abord, il faut une rivière et puis ensuite il faut un permis de pêche : les pêcheurs amateurs doivent adhérer à une association de pêche et de pisciculture et ça je l'ignorais. Nous, on voulait juste quelques poissons, pas plus. Alors on a posé nos gaules dans le garage.

Et puis quoi, de toutes façons, quelques années plus tard, on est parti visiter le désert. Vous imaginez vous, une cane à pêche dans le désert ?


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Le cochon qui crie

Je ne mange jamais de porc. J'en ai mangé mais j'en mange plus.

Lorsqu'il venait à la maison, tout le monde était content. Il était sympa, il aimait les enfants et avait toujours un mot aimable pour tout le monde. Non, il n'était pas du tout effrayant malgré son grand couteau. L'homme dont je vous parle on l'appelait le B., je ne sais pas si c'était son vrai nom c'est pourquoi je ne l'écris pas en entier. Puis il allait voir la bête, celle qu'on avait pris soin de nourrir dans l'étable. Ensuite on entendait un grand cri. Puis des bruits de gamelle et ensuite on allait voir le spectacle. Non, n'en déplaise aux défenseurs des animaux, ce n'était pas effrayant. Les jours qui suivaient étaient plutôt gais dans la maison.

Un va et vient constant. Des bassines qui clapotent, Des casseroles qui frémissent, des odeurs qui se répandent (pas toujours de bonnes odeurs, il faut l'avouer) des portes qui s'ouvrent, qui se referment, toute une frénésie. Puis ensuite des gens à qui l'on rend visite (les congélateurs n'existaient pas, c'était naturel de partager, on n'allait pas gacher la marchandise). Et enfin, des assiettes pleines de bonnes choses. Quelques mois plus tard, on descendait à la cave et à l'occasion d'une visite, on profitait encore de la bête, on partageait le jambon. Mais quand même, à part les cotes, je n'ai jamais réussi à manger réellement de cette bête.

Finalement, je me demande si ça ne vient pas de là, mon aversion pour la viande. C'est d'ailleurs pas une vraie aversion, c'est plutôt l'inutilité de supprimer un animal alors que je peux très bien faire autrement.

Aujourd'hui, on ne voit plus la bête qui meurt, on ne la voit même pas vivre, on ne l'entend plus crier quand on la tue mais peut-être bien qu'elle gémit tant elle vit mal. On l'achète, on la cuisine, on la mange, y'a pas de question à se poser. Haro sur ceux qui la tuent, mais à la poubelle le reste de la victime dans les assiettes. Les tueurs,on les voit plus, donc il n'y en a plus, ça veut aussi dire qu'il n'y a plus de victimes donc plus de sensibilité.

Aujourd'hui, j'ai des restes. Quand j'achète de la viande, je fais toujours attention que la bête soit bien élevé. C'est important l'éducation.

Et pour l'anecdote, le croiriez vous, un jour ma mère, qui se promenait dans le grenier a senti le plancher se dérober sous ses pieds. Et savez vous ou elle est tombé, dans l'auge des cochons. Je n'en ai plus jamais vu à la maison... Rassurerez vous elle s'en est bien tiré. Seulement deux cotes de cassé.


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Dans mon placard, y'a toujours

Plein d'épices mais surtout, du thym, du basilic, du cumin, du romarin, du laurier, du poivre, du paprika, du gingembre, des clous de girofle, de la cannelle, du curry....

Des fruits secs : amandes (en poudre et effilées), noisettes, noix, noix de coco, pignons, pistaches...

Des fruits frais : mais surtout des pommes, j'adore les pommes
Des poivrons, des courgettes, des carottes
Des oignons, de l'ail, des échalottes

Du fromage de toutes sortes et toujours du gruyère : j'aime tous les fromages (excepté ceux aux fines herbes), je ne mange pas de viande (enfin on dira très peu, car je goûte toujours ce que je fais, mais très peu, vraiment très peu..., je n'en mets jamais dans mon assiette). La cuisiner ne me gêne pas car il n'y a pas de philosophie derrière mon végétarisme. (enfin si, un peu, je me dis que si on cultivait la terre pour nourrir les hommes à la place de faire des fourrages ou des céréales pour animaux, ben y'aurait peut-être un peu moins de famine car un animal, ça mange tous les jours avant de pouvoir être consommé alors qu'un humain lui, en un jour, il mange l'animal).

Dans mon placard y'a encore

De la farine

Du sucre de toutes les couleurs et de toutes les formes : sucre de canne brut, sucre en morceaux, sucre candi, sucre roux, sucre blonc, sucre glace, billes de sucre

Du riz : basmati, long et étuvé, thaïe, à rizotto
Des pates de toutes formes
Des pommes de terre de toutes sortes : charlotte, bintje, rosa... et bien d'autres
De l'huile de tournesol et de l'huile d'olive

Du Noilly-Prat, du rhum ambré, du cognac
De la vanille, de la levure (chimique et de boulangerie), de la gélatine, du chocolat
Du jus de citron, du vinaigre de cidre, du concentré de tomates

De la semoule de couscous, des pois chiches, des lentilles, des haricots secs

Oui, oui, parfois ça déborde mais je déteste qu'un élément soit absent au dernier moment quand je veux cuisiner.


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