
la fabrication du cidre , verreries d'Argonne, tonneliers de Florent en Argonne
Dans nos campagnes, les
journées étaient longues et lorsque les petits citadins lassés d'explorer notre
univers, étaient repartis à leurs occupations, il n'y avait plus beaucoup de
distractions pour les petits campagnards que nous étions. Le gigantisme de l'espace
avait bâti autour de nous des frontières naturelles : nous étions une oasis
dans un grand désert. Pour éviter de sombrer dans l'ennui, nous avions de temps
en temps quelques bruits de tracteurs, des pas dans la rue ou des cris
d'animaux qui nous empêchaient d'hiberner. Alors au petit matin, la bise
fraîche qui balaie le visage, la brume légère qui s'élève en volutes
fantasmagoriques et le ronron du bus au loin annonciateur d'un proche départ
vers l'école, tout cela, c'était un véritable bonheur.
La fin des vacances n'était pas pour moi la fin du bonheur, bien au contraire. La rentrée des classes, c'était avant tout la rupture de la solitude mais c'était aussi les cèpes et les trompettes de la mort, le ramassage des noix et des noisettes, les feux de broussailles, l'odeur des gaufres dans la cuisine et puis et surtout, le début d'une grande ronde familiale qui allait durer plusieurs semaines.
Au centre de cette ronde, il y avait la pomme. Les danseurs, c'était les membres de la famille, le coup d'envoi du ballet, le canif. Le fruit était coupé en deux et goûté : si les pépins étaient noirs et le fruit sucré, alors on pouvait commencer. Les pommes étaient cueillies, triées et mises à parer dans un local abrité en attendant la grande messe finale.

En Argonne, y'avait une longue tradition de tonneaux et de bouteilles et tout le monde s'en souvenaient même si tout cela avait disparu... c'est bien connu, les fantômes continuent de hanter quelques temps les lieux qu'ils ont habités surtout si leur fin a été douloureuse...
Tout d'abord, à
Florent-en-Argonne, il y avait eu les tonneliers.

Ils travaillaient avec les
bons chênes plantés profondément dans le sol siliceux de la forêt proche qui
leur conférait un grain très fin, un grain réservé aux meilleurs barils.

La
grande forêt d'Argonne est la forêt historique des fûts à Champagne. Elle était
à leurs pieds. Mais quand les cuves remplacèrent les tonneaux, tonneliers et
mairandiers (ceux qui font les planches du tonneau) disparurent. Au nombre de
150 vers 1939, il n'en reste plus aujourd'hui. Le dernier tonnelier a disparu
dans les années 80.
Et puis, les même sols avec la même forêt avaient attiré dès le IIIe siècle les verriers si bien qu'au IVe siècle, on connaissait déjà la bouteille. Pour faire du verre, il fallait des minéraux siliceux et fondant (sable, grès, calcaire...) afin de créer la matière, il fallait aussi de la gaize (pierre morte) pour édifier le four et puis de l'argile pour le maçonner et modeler les creusets où on fondait le verre. Enfin, il fallait du gibier, des fruits, des sols cultivables pour nourrir la famille et nous vivions au milieu de tout cela.
On nous parlait souvent des verreries, y'en avait eu partout mais on parlait surtout de celles des Senades, de la Harazée, du Neufour, des Islettes et du Four-de-Paris, des lieux qui m'étaient particulièrement familiers. La verrerie du Four de Paris alimentait plus particulièrement mon imaginaire. Des années durant, en passant devant, j'avais reconstruit son histoire m'imaginant que son nom était du au passage du roi Louis XVI lors de sa fuite vers Varennes, m'interrogeant vainement sur l'origine du calvaire et pensant que la guerre, cette ennemie de toujours avait détruit à tout jamais cet ancien monde.
Aujourd'hui je connais la vérité : cet
endroit devait tout simplement son nom à la ville de Paris qui imposait ses
standards à cette verrerie, le calvaire avait été dressé là, par la famille des
verriers et à la frontière de leur domaine pour honorer les membres de leur
famille morts pendant la guerre 14-18. Quant à la disparition des verreries,
elle était surtout due à des impératifs économiques variant à travers les
siècles.

Leur déclin commença à partir de la seconde moitié du XIVe siècle en
raison notamment d'épidémies et de guerres. Les deux siècles qui suivirent
furent pour elles une période d'accalmie. On aurait put croire qu'au XVIIe siècle les verreries allaient prendre un nouvel essor. Louis XIV favorise les verriers étrangers, impose un monopole, les verriers argonnais doivent abandonner le verre fin. Mais à la fin de cette période, Don
Pérignon natif de Sainte-Menehould et figure emblématique de l'Argonne avait mis au
point la finalisation de la vinification du Champagne. Nos verriers
développèrent donc la fameuse bouteille au verre noir et épais, celle qui
pouvait résister à la gigantesque pression des petites bulles. (1)

Grâce à cette manne, les siècles qui suivirent auraient du apporter en toute logique la prospérité. Il en fut tout autrement. Au XVIIIe siècle, le roi estimant que ses propres verreries étaient menacées imposa des taxes lourdes au reste du royaume. Puis, ce fut la révolution, l'Argonne paya un lourd tribut. Au XIXe siècle le progrès assena le coup fatal. Les verriers d'Argonne s'étaient spécialisés dans les bouteilles et les cloches de jardin mais leur travail était artisanal et lié aux aléas du temps : mauvaises vendanges, mauvaises ventes. Les fours fonctionnaient au charbon de bois. La houille apparut, elle se transportait facilement et permettait une meilleure productivité : et pour survivre, il fallait produire, se diversifier et vendre, il fallait se moderniser. Pour des raisons de rentabilité, les verriers désertèrent en masse l'Argonne et se mirent à exporter leur savoir-faire là où il avait une valeur marchande, c'est à dire autour des grandes villes et à l'étranger. La dernière verrerie d'Argonne, celle des Islettes s'éteignit en 1936. Ce fut la fin d'une tradition longue de 16 siècles.
Parfois, je me prends à rêver que les verreries redémarrent.... j'aurais tant aimé les voir, les côtoyer.... Mais revenons à notre histoire, je me suis un peu égarée.....
Je disais donc qu'en Argonne, on avait les tonneaux, les bouteilles oui, oui, car les bouteilles à Champagne et celles à cidre, ce sont les mêmes, on remplace juste le bouchon en liège par un bouchon à cannette en porcelaine.
En dernier, il y avait les vergers qui sont toujours là. Il y en a beaucoup moins aujourd'hui. Ils prirent un sacré coup de vieux lorsqu'on décréta qu'il en était fini du droit de bouilleur de cru. Quelle eut été l'utilité de cultiver des fruits qu'on aurait pas pu écouler de toute façon !

Mon grand-père affirmait que pour faire un bon cidre, il fallait deux tiers ou trois quarts de pommes à cidre et le reste en pommes à couteaux. Entendez par pommes à couteau, les pommes que l'on mange ainsi en croquant dedans ou qui garnissent, tarte, gâteaux ou autres. Chez nous c'était : Rambour, Réau (autre nom : reyau, royaux ou croquet), Jean Tondeur, Belle-fleur, Reine de reinette....

Les pommes devaient être
parées. On guettait donc avec un couteau l'instant ou les pépins noirs nous
indiqueraient que la pomme était mure. A ce moment la, la cueillette pouvait
commencer.



les pommes étaient entreposées en attendant qu'elles revêtent leur robe d'hiver, la robe définitive. Pour avoir du bon cidre, il valait mieux avoir des pommes à l'époque de maturité identique.
Début novembre ou mi-novembre selon les années, nous nous rassemblions selon les impératifs de chacun et le travail d'extraction du jus pouvait commencer. Le pressoir et le broyeur avaient été nettoyé à coup d'eau et de brosses par les hommes de la maison. Femmes, enfants, mettaient les pommes dans des seaux en triant pommes pourries et véreuses.

Les hommes versaient le seau dans le broyeur,

la chair
était récupérée puis versée dans le pressoir. Lorsque le pressoir était plein,
on ajoutait dessus les grosses planches puis ensemble on tournait une manivelle
pour extraire le jus.


C'était un instant magique, attendu de tous. On encerclait alors le pressoir attendant chacun notre tour le premier verre de ce divin jus. Au diable l'hygiène, fi des quelques taches de pourriture sur certaines pommes ou du risque de quelques vers, nous n'étions pas des professionnels... vive la nature et que c'était bon ! Jamais de coliques, jamais de maladies.

Le jus était ensuite versé dans un tonneau qui devait être rempli à ras-bord et ne pas être bouché. Le reste du jus était embouteillé. Ma mère le pasteurisait alors dans une grande étuveuse en montant les bouteilles à température de 75°. Ca nous aidait à patienter en attendant le cidre et puis, c'était si bon pour les enfants.
Le tonneau descendu à la cave faisait l'objet de toutes nos attentions. La fermentation commencée, une mousse noirâtre et crasseuse remontait à la surface pour retomber sur le sol chassant par la même occasion toutes les impuretés. Tous les jours, il fallait compléter le tonneau avec un peu de jus conservé afin de permettre un dégorgement continu. Et puis, un jour, la mousse devenait blanche, il était temps de passer à l'étape suivante : le tonneau était transvasé dans un autre tonneau à l'aide d'un tuyau en évitant soigneusement la lie chassant ainsi définitivement les impuretés. Un anti-ferment acheté en pharmacie était ajouté et permettait ainsi de stabiliser le liquide. Nous aimions le cidre doux. Le tonneau était rebouché soigneusement en chassant totalement l'air, ennemi mortel du cidre.
Le cidre n'avait plus besoin de nous, le temps étaient aux préparatifs de Noël.
Fin janvier, mi-février, ma mère descendait à la cave pour le goûter. Si le breuvage était bon, il était temps de le soutirer mais il fallait attendre un temps clair beau et froid sinon le breuvage risquait d'être trouble. (Question de pression atmosphérique et non adage farfelu !). Les bouteilles utilisées étaient celles de notre cousin limonadier et lorsqu'on en avait plus, on utilisait de vieilles bouteilles de Champagne sur laquelle on adaptait un bouchon à canettes.

Le charcutier nous avait dit que le bouchon devait être dans le cidre, pas d'air entre lui et le liquide. Laisser de l'air risquait tout simplement d'entraîner l'explosion de la bouteille : nous avons toujours appliqué ce principe et avec succès.
Le cidre était inégal selon les années : parfois très bon, parfois très mauvais. Ca dépendait en fait beaucoup de la récolte de pommes. Mais ce que je peux vous dire c'est que depuis, je n'ai jamais goûté un cidre chargé aussi émotionnellement que celui-ci : le plaisir d'ouvrir la première bouteille et de savoir à quoi cette année, il ressemblerait !
NB : ces quelques lignes font appel uniquement à ma mémoire et celle de ma mère, je pense qu'il est préférable que les personnes qui souhaitent se lancer dans l'aventure du cidre de se rapprochent de spécialistes encore en activité afin de ne pas avoir de vilaines surprises à l'arrivée.....
Extrait de "La chanoinesse (1789-1793)" - André Theuriet (1833-1907)
"La verrerie du four-aux-moines, appartenant à Mme Gertrude de St André, était située un peu en amont de La Chalade, à la lisière du bois et à l'entrée de la gorge des sept-fontaines....
La verrerie aujourd'hui détruite, comprenait dix ouvreaux ou fours. Elle était alors en pleine prospérité. On y fabriquait des bouteilles à vin de Champagne et des cloches de jardin. Quand on avait traversé une large cour herbeuse, semée ça et là de crasses de verre, on se trouvait en face de la maison d'habitation......

....les pièces principales ouvraient sur un jardin à la française plein de fleurs vivaces aux couleurs réjouissantes. Au delà, on apercevait les champs dépendant du Four-aux-Moines, qui, à la belle saison, déroulaient jusqu'à l'orée du bois leurs carrés de seigle ou de blé, leurs luzernes violettes et leurs colzas d'un jaune d'or.....
...lorsque les ouvreaux chômaient, elle ne dédaignait pas de s'occuper de la culture de ses terres et plus d'une fois, au moment des semailles, on l'avait vue, enfonçant ses lourdes bottes dans la terre grasse des labours, pousser elle-même la charrue et tracer un sillon aussi droit que le plus fin des agriculteurs.
Petite précision pour les argonnais : le four aux moines est un lieu différent du four de Paris et près de La Chalade.
Sources :
Mémoire et archives familiales
Les fours à verre d'Argonne
http://www.champagne-giraud.com/style4.php
http://www.champagne-giraud.com/actualites.php?lang=fr&page=actu&id_actu=126&prov=arch
Famille De Bigault
Famille
Collard
La Gaize et la
Glaise
Histoire du
Champagne
Une autre histoire de famille : Guy.de.Finances et de verriers
André Theuriet :
André Theuriet est un des seuls écrivains, Lorrain et académicien de
surcroit, à avoir raconté l'Argonne notamment dans le roman la chanoinesse qui
relate la période 1789-1793 et le passage de Louis XVI à Varennes. Ces romans
sont téléchargeables sur Gallica (site numérique de la Bibliothèque de
France).
La chanoinesse
Gertrude et Véronique
Pommiers à cidre
Patrimoine
fruitier lorrain
Ma vision de ce voyage est assez floue. Je devais avoir 5
ans, peut-être 6. Parfois, on a besoin de remonter
à ses sources et ce fut
cette année là pour mon père. Il avait
décidé de nous faire connaître non
seulement la petite France, mais aussi ce petit
coin de France, l’Alsace où il avait
vécu de si belles années juste avant la
guerre. Il en avait de merveilleux souvenirs et quand il en parlait,
c’était
toujours avec beaucoup de bonheur. 



e même
accordéon qui rythmera tous les instants
importants de notre vie. Les institutions religieuses avaient
à cette époque là
une part importante dans la vie des jeunes. Il ne faut pas croire ce
qu’on vous
dit, ce n’était pas tous de vilains jojos
pédophiles, non parmi eux, il y avait
aussi des hommes extraordinaires. C’est ce que m’a
toujours dit mon père.
A cette époque nous avions une
vieille voiture, une Salmson qu’un
oncle généreux nous avait vendue à un
prix abordable pour une famille de notre milieu.
C’était une voiture de luxe,
unique, achetée
au grand salon
automobile de Paris. Elle était
moderne : une boîte de vitesse semi-automatique, 4
vitesses arrière, 4
vitesses avant, pas besoin de débrayer. Ca fait
rêver non ! Bien
évidemment, elle était la fierté de
notre famille. Pensez donc, une Salmson
dans un petit village reculé d’Argonne,
c’est comme une Ferrari dans mon petit
village du Nord : ça se remarque. 
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Les
allemands étaient des gens curieux. Quoi de mieux que les
bois pour bâtir son nid, au milieu des arbres et
des
animaux. C'est au fond de la profonde forêt dans
un lieu appelé Plaisance qu'il construisit son refuge : une
cache en rondins et en feuillage au milieu d'une tranchée
laissée par la précédente guerre ,
celle de 14-18
(pour une fois que ça sert une guerre). 
naissance. Pendant la guerre,
caché dans
la forêt parce qu'il avait fuit le STO (service du travail
obligatoire) il avait fabriqué l'alambic qui lui avait
permis de
survivre en faisant de la gnole infâme que ses camarades
résistants revendaient aux allemands. Ensuite, faute de
moyens,
à partir d'une pièce de monnaie, il avait
fabriqué
une bague qu'il offrit à ma mère pour lui prouver
son
amour. Et toute sa vie, ce fut ainsi. Il
récupérait des
moteurs (machine à laver, voiture....) pour leur donner une
deuxième vie. Au fil des ans, autour de la maison,
s'accumulèrent des machines extraordinaires qui servaient
soit
à labourer le jardin, soit à transporter de la
paille,
soit à scier du bois....![]() |
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Il fabriquait tout ce dont il
avait besoin : des rateaux, des
échelles, des tuteurs de tomate, des échasses
mais aussi
l'agrandisseur photo, la table de ping-pong. Il y
eut des
réalisations prestigieuses, notamment une scierie qui
servira
à faire des planchers, des lambris, des poutres, des meubles
et autres objets
en bois... Pour les petits enfants, il y eut le cheval de
bois,
le petit train...
plaque fut
transformé en appareil photo à film, sa voiture
électrique
devint une voiture à
essence. Eh oui, la
voiture électrique n'est pas du tout une invention moderne.
Elle
existe depuis déjà quelques années.
C'est pas
tendance cette transformation, mais la cohabitation de deux
grosses batteries avec 4 mouflets, c'était pas possible, les
batteries trop grosses prenaient toute la place. Bien entendu, la
voiture avait été avalisée par les
mines. Et puis, Il y eut aussi la voiture
à essence transformée en voiture à
gasoil, mais
ça c'est une histoire que je vous réserve pour
plus
tard...........

















ou, l'églantine de mon village... Amicales pensées à Tarzile


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Image prêtée par : (c) Azurs point net - licence Creative Commons







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Deux
ans plus tard j'emmenais enfin ma mère voir son amie. Je
vous raconte
pas l'émotion ! Ce fut digne de perdue de vue pour ceux qui
connaissent
! Quelques quinze années plus tard, c'est Anna qui
vint visiter Paris et la France qu'elle aimait tant mais qu'elle
n'avait vu jusqu'à présent qu'à
travers les montagnes suisses. Et par la même occasion, les
deux amies purent encore une fois se revoir.
Aujourd'hui, les oeufs n'arrivent plus, mais
l'amitié n'a pas
vacillé. Seul l'âge et les ennuis de
santé
empêchent les deux amies de communiquer. Quant à
moi,
j'entretiens toujours soigneusement ma relation avec Yvonna.![]() |
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C'était une activité familiale et mon père était l'éclaireur. Il connaissait parfaitement la forêt. Les journées et les marches étaient longues. Ce n'était pas en lisière que poussaient les champignons (à part quelques uns (3)) mais au fond des bois. Lorsque nous étions séparés, on se lançait un cri d'appel pour réunir la troupe. J'ai encore ce son à l'oreille ainsi que celui de l'écho de la forêt. (Oh oh ? oh oh ? c'était ça le cri). Et puis ca sentait bon, parce que ca sent bon le champignon ! Une fois ou deux on s'était égarés mais c'était pas bien grave, car la région, on la connaissait bien. Seulement, y'avait fallu marcher et encore marcher pour retrouver la voiture. Les téléphones portables ça n'existait pas. Fallait se débrouiller.
Les champignons affectionnaient particulièrement les tranchées laissées par la guerre. Le gros lot, c'était les trompettes de la mort. Elles apparaissaient en immenses tâches et nos paniers n'étaient pas suffisamment grands pour les contenir. Il fallait refaire un voyage. Dans les jours qui suivaient, les étagères de la cave s'emplissaient de bocaux. Des champignons y'en avait. Et on en vendait. Il y en avait tant que mon frère avait pu s'acheter un magnétophone à bande avec le fruit de ses récoltes. Le magnétophone, c'était une nouveauté à l'époque et comme c'était amusant, tout le monde voulait être enregistré. C'est ainsi qu'aujourd'hui nos chers disparus nous parlent encore un peu.
Un jour, ma cousine et mon frère avaient ramené des champignons à Evelyne. Cette dernière ne s'était pas fait prier pour leur en faire une omelette. Mais ma mère avait eu vent de l'affaire. Elle était folle de rage. Pensez donc, habituellement, les champignons n'étaient jamais consommés sans un label d'authenticité donné soit par mon père, soit par elle même et là, c'était des pieds rouges appelés encore amanite rougissante, amanite vineuse ou golmotte qu'ils avaient mangés. Et avec les amanites, on rigole pas, faut surtout pas se tromper, ça peut être fatal. A quoi donc pensait Evelyne ?. Ce fut un véritable incident diplomatique. Mais ça dura peu de temps car, voyez vous, dans notre famille, nous sommes des gens raisonnables !
Maintenant, j'habite en ville et je me morfonds car il n'y a pas de champignons et ceux des étals ont grise mine. Le plus triste c'est que jeune je les ai boudé. Eh oui, je voulais bien les cueillir mais pas les manger. Les enfants c'est comme ça.....A venir tartelette aux champignons et galette des Ardennes (ou galette d'Evelyne)
Le Pot de terre et le Pot de ferLe Pot de fer proposa Au Pot de terre un voyage. Celui-ci s'en excusa, Disant qu'il ferait que sage De garder le coin du feu : Car il lui fallait si peu, Si peu, que la moindre chose De son débris serait cause. Il n'en reviendrait morceau. Pour vous, dit-il, dont la peau Est plus dure que la mienne, Je ne vois rien qui vous tienne. - Nous vous mettrons à couvert, Repartit le Pot de fer. Si quelque matière dure Vous menace d'aventure, Entre deux je passerai, Et du coup vous sauverai. Cette offre le persuade. Pot de fer son camarade Se met droit à ses côtés. Mes gens s'en vont à trois pieds, Clopin-clopant comme ils peuvent, L'un contre l'autre jetés Au moindre hoquet qu'ils treuvent. Le Pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas Que par son compagnon il fut mis en éclats, Sans qu'il eût lieu de se plaindre. Ne nous associons qu'avecque nos égaux. Ou bien il nous faudra craindre Le destin d'un de ces Pots
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Attendre l'été, le ramassage est règlementé
1 pull
1 ciré
Des bottes
1 sac qui ferme
Une lessiveuse
Du grillage
1 réveil
Il a neigé et il
fait froid. Lorsque je regarde les
actualités télévisées, j'ai
souvent l'impression que les éléments naturels
sont
toujours des catastrophes : attention alerte de niveau 2, attention
alerte de
niveau 3... Si je ne conteste pas le fait que certains
phénomènes
climatiques puissent être très dangereux, la
réalité des faits nous le rappelle
malheureusement parfois, je ne peux cependant pas
m'empêcher de constater
que bien des fois ces éléments classés
par Météo France comme potentiellement
dangereux ont été pour moi source de
plaisirs intenses.
Le froid et la neige
uand je me réveillais le matin dans ma chambre sans chauffage, la première chose que je voyais, c'était le verre d'eau de ma soeur qui avait gelé, puis doucement je levais les yeux vers la fenêtre et là j'apercevais ces merveilleuses étoiles sur les carreaux dues probablement à l'alchimie entre la condensation de l'eau à l'intérieur et le mordant du froid à l'extérieur. Ca brillait de mille feux. Je savais alors que j'avais de nouveaux jeux.
lisser sur des plaques de verglas, ça n'a jamais été mon fort mais aller par les chemins et percer la fine couche de glace des ornières que les tracteurs avaient laissées l'été et qui l'hiver venu se transformaient en mare, j'adorais cela. Parfois le pied se coinçait et c'était un suspens immense pour savoir si nous récupérerions ou non notre botte.
orsque la neige venait, c'était encore plus fantastique. Au delà de la luge et du traditionnel bonhomme de neige, nous nous faisions de temps à autre bâtisseur pour construire un igloo. Nous roulions une boule, la découpions en brique puis l'assemblions conformément à nos maigres connaissances et notre idée de l'habitation d'un inuit. Il est même arrivé une fois alors que la neige et le verglas avaient recouvert la route, que notre père, cet inconscient, attache la luge à l'arrière de la voiture et nous emmène ainsi à l'école. A l'approche de la grande côte, nous étions quand même remontés dans la voiture. Comme c'était un peu dangereux, il s'était bien gardé de le raconter à ma mère.
e garde aussi un souvenir inoubliable de l'hiver 76. La glace avait alors totalement enrobé les branches des arbres pendant que le soleil, insolent, brillait de mille feux transformant ainsi la route en une splendide rivière de diamants. Il est ainsi des visions de la nature éphémères dont il faut profiter car ce sont des moments très rares.
t puis, je dois à la neige le plaisir des grogs chauds, et des mains gelées qui rencontrent le radiateur, la joie de retirer des bottes humides, la sensation de bien-être lorsque vous pénétrez dans une pièce chauffée, la douceur d'une brique chaude dans son lit;... et puis, et puis, la tartiflette , ce plat que ma cousine m'a fait découvrir lors d'un séjour à la neige.
C'est un petit village qui n'existe nulle part. Sur les cartes, ce n'est même pas un petit point. La plupart du temps il n'est pas mentionné. Et pourtant, il en est passé du monde la-bas. Mais aujourd'hui, plus personne n'est là pour le raconter. Sauf peut-être ce site que j'ai trouvé par hasard : Photos d'argonne
Oui, je sais ce n'est pas gai comme images. Lorsqu'on se ballade, on trouve souvent quelques bombes posées comme ça, bien en vu pour qu'on ne risque pas de les heurter au hasard des chemins. Personne n'y fait attention tellement on est habitué. Mais rassurez vous, elles n'explosent jamais. Enfin on ne me l'a jamais dit. Bon, c'est vrai, il arrive quelque fois qu'un promeneur imprudent se prenne une étoile dans le pied, vous savez une étoile, ce truc en fer que les allemands plantaient dans la forêt pour qu'en marchant on s'empale dessus. J'ai appris ce qu'était une étoile quand mon cousin a fait une mauvaise rencontre avec l'une d'entre elles. Mais depuis, il court toujours la forêt. Quand aux bombres, les dernières qui ont fait parler d'elles, ce sont celles qui ont retentit dans toute l'argonne quand un immense feu détruisit la forêt de pin. Cette forêt, on l'appelle la zone rouge. Allez savoir pourquoi. Mais depuis, plus rien.
En fait, les morts moi, je n'en ai pas entendu parler, c'est comme si cette histoire n'existait pas. Et pourtant mon grand-père était bien un poilu. Y'a plein de photos de lui dans nos albums. Moi dans les tranchées, je voyais pas des morts, je voyais des champignons : des cêpes, des girolles, des pieds de mouton, des trompettes de la mort (étrange nom, étrange résonnance). Dans les champs, y'avait des pommiers, vous vous souvenez des pommiers, j'adore les pommiers. Y'avait aussi des champignons de rosée, des pommes de terre et puis des vaches, plein de vaches. Le long des routes, c'était pas l'infanterie qui passait, c'était les échelles qu'on portait pour aller cueillir les cerises et les noix. Le long des champs, y'avait pas de soldats embusqués, non y'avait plein de ronces avec des mures dessus. Le long des bois, c'était des noisetiers, de merveilleuses petites fraises, et à l'intérieur du bois, la seule chose qui nous faisait peur, c'était le sanglier qui risquait de passer, mais on avait moins de chance d'en rencontrer un que de rencontrer un obus déterré. Y'avait aussi des sources d'eau auxquelles j'allais me désaltérer, fallait savoir où. Dans les fossés c'était des escargots et au fond des rivières, c'était des vairons (petit poisson excellent en friture). Sous les ponts, personne ne nous épiait, y'avait juste quelques chauve-souris qui de temps en temps nous effrayaient.
Quant aux terribles Blockhaus, ils ne nous effrayaient pas du tout, on en avait fait nos cabanes. C'était bien pratique pour les jours de pluie. Les plus artistes d'entre nous en construisaient de plus esthétiques dans la forêt (pas des blockhaus, des cabanes en bois).Nota : Si vous avez la curiosité d'aller sur les photos d'argonne, vous verrez que le village était sur le front pendant la grande guerre. Il a d'ailleurs totalement été détruit à part une maison. J'ai souvent ironisé en parlant des gens de mon pays en disant qu'ils ressemblaient aux sangliers qui hantent leur forêt, aussi taciturnes qu'eux. Mais en fait aujourd'hui et grâce à ce blog, j'ai compris que l'histoire ne s'efface pas aussi facilement d'autant que parmi les habitants de ces villages, beaucoup sont des descendants de ceux qui ont fait la grande guerre.
Maman n'aimait pas Noël, elle n'a jamais aimé Noël. Elevée dans une famille chrétienne traditionnelle, fallait pas tout mélanger. Elle disait toujours qu'on pouvait faire des cadeaux à la St Nicolas mais pas à Noël, ça c'était une idée venue d'ailleurs, Noël c'était avant tout la naisance du Christ. Alors, à Noël on avait pas beaucoup de cadeaux. Nous, enfants ne partagions pas son point de vue. On avait envie d'y croire au père Noël. Elle pour ne pas nous décevoir nous laissait poser nos chaussures au pied du sapin. Comme mes parents n'étaient pas riches, (Bon, je vous arrête tout de suite, on n'était pas de la famille du Petit Poucet quand même !) eh bien on trouvait au petit matin des oranges et puis des pates de fruits qu'elle avait pris soin de faire elle même.
Mais même si elle n'aimait pas le Père Noël et tous ses cadeaux, elle adorait tous les préparatifs qui entouraient cette fête. Le matin, mon père partait vers la forêt (non je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas de la famille du Petit Poucet). Il revenait quelques heures plus tard avec son trophée. On l'attendait de pied ferme. Puis on examinait sur toutes les coutures sa proie : il est trop grand, il est trop petit, il est pas assez fourni, y manque des branches. Passé ce rituel, il allait chercher un seau, mettait le sapin dedans, le coinçait avec des pierres et ensuite remplissait le seau d'eau pour que le sapin ne perde pas ses épines.
Ensuite, on s'amusait à le décorer. Ca allait très vite car il n'y avait pas grand chose à mettre dessus, une magnifique flèche en verre, un oiseau lui aussi en verre. de jolies boules en quoi ? eh bien en verre, de chétives guirlandes, et des bougies oui, vous avez bien lu des bougies. Leur bougeoir était en forme de pince à linge qu'on accrochait sur les branches. Enfin on complétait le tout par du coton pour faire la Neige. Et le soir de Noël, on avait le droit de les allumer. Quoi ! allumer des bougies sur un sapin rempli de coton ! Sont dangereux ces gens ! Mais les guirlandes électriques aussi c'est dangereux et on se méfie pas. Tiens, ma soeur elle a failli brûler sa maison avec.
Quelques années plus tard, au mystère du Père Noël a succédé le mystère de la guirlande électrique, comme il n'y en avait qu'une et que c'était la même tous les ans, allait-elle encore fonctionner quand on la brancherait. Mon père y veillait.
Sous le sapin fallait mettre la crèche. La Crèche avait été achetée année après année. Il fallait la repeindre tous les ans avec de la gouache. Elle faisait la fierté de la famille. Pour mettre la crèche, fallait faire le papier rocher. On commençait par badigeonner un papier Kraft de peinture marron, puis avec une brosse à dent et nos petits doigts, on projetait de la peinture de toutes les couleurs sur le papier. Vous savez : on trempait la brosse dans un peu de liquide coloré puis ensuite on passait le doigt dessus pour que ça gicle. C'était beaucoup plus rigolo que d'acheter le papier dans un Hyper. En plus de temps en temps, je vous raconte pas, ça dérapait.
La dernière étape, c'était le festin de Noël mais après la messe bien sur. C'est un peu comme vous avec moi, faut déjà que vous vous tapiez le pavé de lecture pour avoir droit à la recette. Et puis dans les jours qui suivaient fallait préparer les truffes qui étaient systématiquement distribuées à toute la famille et nous étions nombreux.
La buche de Noël,Si vous n'avez pas le temps de faire ces recettes à Noël, c'est pas grave parce que de toute façon, le paté ainsi que le gateau transformé en nid sont excellents aussi à Pâques. Pour ceux qui suivent, j'ai un nouvel appareil photo.












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