Le Placard d'elle

Le temps des pommes

la fabrication du cidre , verreries d'Argonne, tonneliers de Florent en Argonne
Dans nos campagnes, les journées étaient longues et lorsque les petits citadins lassés d'explorer notre univers, étaient repartis à leurs occupations, il n'y avait plus beaucoup de distractions pour les petits campagnards que nous étions. Le gigantisme de l'espace avait bâti autour de nous des frontières naturelles : nous étions une oasis dans un grand désert. Pour éviter de sombrer dans l'ennui, nous avions de temps en temps quelques bruits de tracteurs, des pas dans la rue ou des cris d'animaux qui nous empêchaient d'hiberner. Alors au petit matin, la bise fraîche qui balaie le visage, la brume légère qui s'élève en volutes fantasmagoriques et le ronron du bus au loin annonciateur d'un proche départ vers l'école, tout cela, c'était un véritable bonheur.

La fin des vacances n'était pas pour moi la fin du bonheur, bien au contraire. La rentrée des classes, c'était avant tout la rupture de la solitude mais c'était aussi les cèpes et les trompettes de la mort, le ramassage des noix et des noisettes, les feux de broussailles, l'odeur des gaufres dans la cuisine et puis et surtout, le début d'une grande ronde familiale qui allait durer plusieurs semaines.

Au centre de cette ronde, il y avait la pomme. Les danseurs, c'était les membres de la famille, le coup d'envoi du ballet, le canif. Le fruit était coupé en deux et goûté : si les pépins étaient noirs et le fruit sucré, alors on pouvait commencer. Les pommes étaient cueillies, triées et mises à parer dans un local abrité en attendant la grande messe finale.

rambour

 

En Argonne, y'avait une longue tradition de tonneaux et de bouteilles et tout le monde s'en souvenaient même si tout cela avait disparu... c'est bien connu, les fantômes continuent de hanter quelques temps les lieux qu'ils ont habités surtout si leur fin a été douloureuse... 

Tout d'abord, à Florent-en-Argonne, il y avait eu les tonneliers.
 

florent_tonneliers

 

Ils travaillaient avec les bons chênes plantés profondément dans le sol siliceux de la forêt proche qui leur conférait un grain très fin, un grain réservé aux meilleurs barils.
 

chêne


La grande forêt d'Argonne est la forêt historique des fûts à Champagne. Elle était à leurs pieds.
Mais quand les cuves remplacèrent les tonneaux, tonneliers et mairandiers (ceux qui font les planches du tonneau) disparurent. Au nombre de 150 vers 1939, il n'en reste plus aujourd'hui. Le dernier tonnelier a disparu dans les années 80. 

Et puis, les même sols avec la même forêt avaient attiré dès le IIIe siècle les verriers si bien qu'au IVe siècle, on connaissait déjà la bouteille. Pour faire du verre, il fallait des minéraux siliceux et fondant (sable, grès, calcaire...) afin de créer la matière, il fallait aussi de la gaize (pierre morte) pour édifier le four et puis de l'argile pour le maçonner et modeler les creusets où on fondait le verre. Enfin, il fallait du gibier, des fruits, des sols cultivables pour nourrir la famille et nous vivions au milieu de tout cela.

On nous parlait souvent des verreries, y'en avait eu partout mais on parlait surtout de celles des Senades, de la Harazée, du Neufour, des Islettes et du Four-de-Paris, des lieux qui m'étaient particulièrement familiers. La verrerie du Four de Paris alimentait plus particulièrement mon imaginaire. Des années durant, en passant devant, j'avais reconstruit son histoire m'imaginant que son nom était du au passage du roi Louis XVI lors de sa fuite vers Varennes, m'interrogeant vainement sur l'origine du calvaire et pensant que la guerre, cette ennemie de toujours avait détruit à tout jamais cet ancien monde.

 

Aujourd'hui je connais la vérité : cet endroit devait tout simplement son nom à la ville de Paris qui imposait ses standards à cette verrerie, le calvaire avait été dressé là, par la famille des verriers et à la frontière de leur domaine pour honorer les membres de leur famille morts pendant la guerre 14-18. Quant à la disparition des verreries, elle était surtout due à des impératifs économiques variant à travers les siècles.
 

verriers_d_argonne

 

Leur déclin commença à partir de la seconde moitié du XIVe siècle en raison notamment d'épidémies et de guerres. Les deux siècles qui suivirent furent pour elles une période d'accalmie. On aurait put croire qu'au XVIIe  siècle les verreries allaient prendre un nouvel essor. Louis XIV favorise les verriers étrangers, impose un monopole, les verriers argonnais doivent abandonner le verre fin. Mais  à la fin de cette période, Don Pérignon natif de Sainte-Menehould et figure emblématique de l'Argonne avait mis au point la finalisation de la vinification du Champagne. Nos verriers développèrent donc la fameuse bouteille au verre noir et épais, celle qui pouvait résister à la gigantesque pression des petites bulles. (1)
 

bouteille

 

Grâce à cette manne, les siècles qui suivirent auraient du apporter en toute logique la prospérité. Il en fut tout autrement. Au XVIIIe siècle, le roi estimant que ses propres verreries étaient menacées imposa des taxes lourdes au reste du royaume. Puis, ce fut la révolution, l'Argonne paya un lourd tribut. Au XIXe siècle le progrès assena le coup fatal. Les verriers d'Argonne s'étaient spécialisés dans les bouteilles et les cloches de jardin mais leur travail était artisanal et lié aux aléas du temps : mauvaises vendanges, mauvaises ventes. Les fours fonctionnaient au charbon de bois. La houille apparut, elle se transportait facilement et permettait une meilleure productivité : et pour survivre, il fallait produire, se diversifier et vendre, il fallait se moderniser. Pour des raisons de rentabilité, les verriers désertèrent en masse l'Argonne et se mirent à exporter leur savoir-faire là où il avait une valeur marchande, c'est à dire autour des grandes villes et à l'étranger. La dernière verrerie d'Argonne, celle des Islettes s'éteignit en 1936. Ce fut la fin d'une tradition longue de 16 siècles.

Parfois, je me prends à rêver que les verreries redémarrent.... j'aurais tant aimé les voir, les côtoyer.... Mais revenons à notre histoire, je me suis un peu égarée.....

 

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Je disais donc qu'en Argonne, on avait les tonneaux, les bouteilles oui, oui, car les bouteilles à Champagne et celles à cidre, ce sont les mêmes, on remplace juste le bouchon en liège par un bouchon à cannette en porcelaine.

En dernier, il y avait les vergers qui sont toujours là. Il y en a beaucoup moins aujourd'hui. Ils prirent un sacré coup de vieux lorsqu'on décréta qu'il en était fini du droit de bouilleur de cru. Quelle eut été l'utilité de cultiver des fruits qu'on aurait pas pu écouler de toute façon !

 

verger_lorrain

 

Mon grand-père affirmait que pour faire un bon cidre, il fallait deux tiers ou trois quarts de pommes à cidre et le reste en pommes à couteaux. Entendez par pommes à couteau, les pommes que l'on mange ainsi en croquant dedans ou qui garnissent, tarte, gâteaux ou autres. Chez nous c'était : Rambour, Réau (autre nom : reyau,  royaux ou croquet), Jean Tondeur, Belle-fleur, Reine de reinette....

Pommes_a_couteaux

 

Les pommes devaient être parées. On guettait donc avec un couteau l'instant ou les pépins noirs nous indiqueraient que la pomme était mure. A ce moment la, la cueillette pouvait commencer.
 

cueillette

motoculteur

cueillette2

les pommes étaient entreposées en attendant qu'elles revêtent leur robe d'hiver, la robe définitive. Pour avoir du bon cidre, il valait mieux avoir des pommes à l'époque de maturité identique.

 

Début novembre ou mi-novembre selon les années, nous nous rassemblions selon les impératifs de chacun et le travail d'extraction du jus pouvait commencer. Le pressoir et le broyeur avaient été nettoyé à coup d'eau et de brosses par les hommes de la maison. Femmes, enfants, mettaient les pommes dans des seaux en triant pommes pourries et véreuses.

Tri_des_pommes

 

Les hommes versaient le seau dans le broyeur,
 

le_broyeur

 

la chair était récupérée puis versée dans le pressoir. Lorsque le pressoir était plein, on ajoutait dessus les grosses planches puis ensemble on tournait une manivelle pour extraire le jus.
 

pressoir

autour du pressoir

 

C'était un instant magique, attendu de tous. On encerclait alors le pressoir attendant chacun notre tour le premier verre de ce divin jus. Au diable l'hygiène, fi des quelques taches de pourriture sur certaines pommes ou du risque de quelques vers, nous n'étions pas des professionnels... vive la nature et que c'était bon ! Jamais de coliques, jamais de maladies.

la_dégustation_du_cidre

 

Le jus était ensuite versé dans un tonneau qui devait être rempli à ras-bord et ne pas être bouché. Le reste du jus était embouteillé. Ma mère le pasteurisait alors dans une grande étuveuse en montant les bouteilles à température de 75°. Ca nous aidait à patienter en attendant le cidre et puis, c'était si bon pour les enfants.

Le tonneau descendu à la cave faisait l'objet de toutes nos attentions. La fermentation commencée, une mousse noirâtre et crasseuse remontait à la surface pour retomber sur le sol chassant par la même occasion toutes les impuretés. Tous les jours, il fallait compléter le tonneau avec un peu de jus conservé afin de permettre un dégorgement continu. Et puis, un jour, la mousse devenait blanche, il était temps de passer à l'étape suivante : le tonneau était transvasé dans un autre tonneau à l'aide d'un tuyau en évitant soigneusement la lie chassant ainsi définitivement les impuretés. Un anti-ferment acheté en pharmacie était ajouté et permettait ainsi de stabiliser le liquide. Nous aimions le cidre doux. Le tonneau était rebouché soigneusement en chassant totalement l'air, ennemi mortel du cidre.

Le cidre n'avait plus besoin de nous, le temps étaient aux préparatifs de Noël.

 

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Fin janvier, mi-février, ma mère descendait à la cave pour le goûter. Si le breuvage était bon, il était temps de le soutirer mais il fallait attendre un temps clair beau et froid sinon le breuvage risquait d'être trouble. (Question de pression atmosphérique et non adage farfelu !). Les bouteilles utilisées étaient celles de notre cousin limonadier et lorsqu'on en avait plus, on utilisait de vieilles bouteilles de Champagne sur laquelle on adaptait un bouchon à canettes.

bouchon

 

Le charcutier nous avait dit que le bouchon devait être dans le cidre, pas d'air entre lui et le liquide. Laisser de l'air risquait tout simplement d'entraîner l'explosion de la bouteille : nous avons toujours appliqué ce principe et avec succès.

Le cidre était inégal selon les années : parfois très bon, parfois très mauvais. Ca dépendait en fait beaucoup de la récolte de pommes. Mais ce que je peux vous dire c'est que depuis, je n'ai jamais goûté un cidre chargé aussi émotionnellement que celui-ci : le plaisir d'ouvrir la première bouteille et de savoir à quoi cette année, il ressemblerait !


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NB : ces quelques lignes font appel uniquement à ma mémoire et celle de ma mère,  je pense qu'il est préférable que les personnes qui souhaitent se lancer dans l'aventure du cidre de se rapprochent de spécialistes encore en activité afin de ne pas avoir de vilaines surprises à l'arrivée.....


(1)  toutefois en concurrence avec les Anglais parce que John Colenet et Henry Holden avaient déposé un premier brevet quelques années plus tôt pour une bouteille cylindrique, à épaisseur régulière et au col allongé.


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Extrait de "La chanoinesse (1789-1793)" - André Theuriet (1833-1907)

"La verrerie du four-aux-moines, appartenant à Mme Gertrude de St André, était située un peu en amont de La Chalade, à la lisière du bois et à l'entrée de la gorge des sept-fontaines....

La verrerie aujourd'hui détruite, comprenait dix ouvreaux ou fours. Elle était alors en pleine prospérité. On y fabriquait des bouteilles à vin de Champagne et des cloches de jardin. Quand on avait traversé une large cour herbeuse, semée ça et là de crasses de verre, on se trouvait en face de la maison d'habitation......

chateau_four_de_paris

....les pièces principales ouvraient sur un jardin à la française plein de fleurs vivaces aux couleurs réjouissantes. Au delà, on apercevait les champs dépendant du Four-aux-Moines, qui, à la belle saison, déroulaient jusqu'à l'orée du bois leurs carrés de seigle ou de blé, leurs luzernes violettes et leurs colzas d'un jaune d'or.....

...lorsque les ouvreaux chômaient, elle ne dédaignait pas de s'occuper de la culture de ses terres et plus d'une fois, au moment des semailles, on l'avait vue, enfonçant ses lourdes bottes dans la terre grasse des labours, pousser elle-même la charrue et tracer un sillon aussi droit que le plus fin des agriculteurs.

Petite précision pour les argonnais : le four aux moines est un lieu différent du four de Paris et près de La Chalade.

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Sources :

Mémoire et archives familiales

Les fours à verre d'Argonne

http://www.champagne-giraud.com/style4.php
http://www.champagne-giraud.com/actualites.php?lang=fr&page=actu&id_actu=126&prov=arch
Famille De Bigault
Famille Collard
La Gaize et la Glaise
Histoire du Champagne
Une autre histoire de famille : Guy.de.Finances et de verriers

 

 

 

André Theuriet :  André Theuriet est un des seuls écrivains, Lorrain et académicien de surcroit, à avoir raconté l'Argonne notamment dans le roman la chanoinesse qui relate la période 1789-1793 et le passage de Louis XVI à Varennes. Ces romans sont téléchargeables sur Gallica (site numérique de la Bibliothèque de France).
La chanoinesse
Gertrude et Véronique


Pommiers à cidre
Patrimoine fruitier lorrain

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Le canard

Des histoires de canard, beaucoup de personnes en ont le souvenir, vous savez ce canard à qui l'on tranche la tête et qui continue à courir dans la basse-cour. Cette histoire je l'ai vécue. Ce fut d'ailleurs la seule fois où nous mangeâmes un canard dans la ferme. L'affaire nous avait un tantinet refroidis : la tête fut tranchée sur un billot de bois :  le volatile se soulève, bat des ailes sur quelques mètres, se met sur ses pattes, traverse en courant la cour et quelques minutes plus tard s'affaisse enfin vaincu.... une image très impressionnante et effrayante pour l'enfant que j'étais.

Aujourd'hui je vais vous conter une histoire somme toute beaucoup plus plaisante.

Pendant la guerre, il était difficile de trouver de la bonne nourriture et encore plus du poisson surtout lorsqu'on habitait dans une petite ville de lorraine, Bar-le-Duc. Mes grands-parents étaient des catholiques très pratiquants et le vendredi était une affaire sérieuse : interdiction de manger de la viande mais.... on pouvait manger du gibier d'eau, nuance subtile.

Mon père qui était un homme bon se dit que ce jour là, il serait bon d'emmener à sa promise un nourriture qui aurait l'agrément de sa future belle famille. La viande était si difficile à trouver. Au diable les conventions, pour une fois le canard de la ferme conviendrait. On dirait qu'il venait de l'étang, y'en a tellement dans la région. L'affaire ne devait pas être ébruité sinon le canard resterait.


Mon père réfugié à ce moment là dans sa forêt  pris quelques jours de liberté pour se rendre dans la ville barroise et franchir les quelques 60 km qui séparait les deux communes sur un petit vélo.

Le canard fut très bien accueilli et entreposé soigneusement jusqu'au vendredi. De l'avis général, il fut dévoré avec plaisir et à ce qu'on raconte, il était particulièrement délicieux.

Mon père facétieux ne put s'empêcher de révéler son forfait dès la fin du repas. Il se fit sévèrement tancer mais cela dura peu de temps et se termina finalement en larges éclats de rire. Après tout, ils l'avaient mangé en toute bonne foi ce canard, il n'y avait donc pas péché. Seul le généreux donateur était coupable et le très haut était certainement clément... Et puis aujourd'hui encore, cette farce qui alimente les banquets familiaux. fait notre bonheur. Il en faut peu parfois pour être heureux.

Je ne sais pas à quelle sauce il fut cuisiné, la seule assurance que je peux vous donner c'est que mon prochain post sera  "le canard au vinaigre framboisé".

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Le voyage en Alsace

la_petite_france Ma vision de ce voyage est assez floue. Je devais avoir 5 ans, peut-être 6. Parfois, on a besoin de remonter à ses sources et ce fut cette année là pour mon père. Il avait décidé de nous faire connaître non seulement la petite France, mais aussi ce petit coin de France, l’Alsace où il avait vécu de si belles années juste avant la guerre. Il en avait de merveilleux souvenirs et quand il en parlait, c’était toujours avec beaucoup de bonheur.
 
C’est sa sœur aînée qui l’avait entraîné loin de ses racines argonnaises. Fraîchement mariée avec un militaire souvent absent, elle s’ennuyait ferme dans la grande ville de Strasbourg. Alors, elle avait glissé dans le creux de l’oreille de ma grand-mère qu’il serait bien pour tout le monde que mon père aille à l’école supérieure et  ait un métier. L’agriculture ne payait pas tant que ça et puis de toute façon, ils étaient nombreux à la ferme et les terres ne suffiraient pas à tous, d’ailleurs cet enfant était un rêveur, il n’avait pas l’âme d’un paysan. Ma grand-mère était ravie à l’idée de voir son rejeton avoir enfin un vrai métier et mon père était enchanté à l’idée d’échapper à l’autorité qu’il jugeait excessive de mon grand-père. Adieu, veaux, vaches, cochons….  il allait enfin pouvoir découvrir le vaste monde. La ville, c’est quand même plus marrant que les travaux de la ferme. Et, comme ça arrangeait tout le monde, l’affaire fut entendue.
 
Outre l’apprentissage d’un métier, celui d’ajusteur dans la maison Holweg spécialisée alors dans la confection et l'impression de sacs en cellophane (1) et qui disparaîtra avec la guerre,

maison_holweg

biscuits de luxe

cafe

missive_charmante

mon père découvrit à Strasbourg d’autres horizons jusqu’alors inaccessibles dans sa campagne : des ballades extraordinaires, la vie et les sorties en bande, les excursions en canoë, l’apprentissage de la musique et notamment de l’accordéon diatonique, caccordeon_diatoniquee même accordéon qui rythmera tous les instants importants de notre vie. Les institutions religieuses avaient à cette époque là une part importante dans la vie des jeunes. Il ne faut pas croire ce qu’on vous dit, ce n’était pas tous de vilains jojos pédophiles, non parmi eux, il y avait aussi des hommes extraordinaires. C’est ce que m’a toujours dit mon père.
 
Encore une fois la vilaine guerre qui se profilait à l’horizon obligea mon père à quitter ce petit coin de paradis sinon de son aveu même, il serait resté là bas. Notez bien que sans cela nous ne nous serions pas  connus, il n’aurait pas rencontré ma mère et je ne serais sûrement pas là entrain de divaguer avec vous.
 
voitureA cette époque nous avions une vieille voiture, une Salmson qu’un oncle généreux nous avait vendue à un prix abordable pour une famille de notre milieu.  C’était une voiture de luxe, unique,  achetée  au grand salon automobile de Paris. Elle était moderne : une boîte de vitesse semi-automatique, 4 vitesses arrière, 4 vitesses avant, pas besoin de débrayer. Ca fait rêver non ! Bien évidemment, elle était la fierté de notre famille. Pensez donc, une Salmson dans un petit village reculé d’Argonne, c’est comme une Ferrari dans mon petit village du Nord : ça se remarque.
 
Le voyage risquait d’être onéreux : quelques aménagements s’imposaient. La voiture consommait énormément et l’essence coûtait cher. Mon père entreprit donc de la modifier pour lui permettre de rouler au gasoil beaucoup plus économique. C’est ainsi que la Salmson devint une voiture bi-carburant, et comme elle était bi-carburant, forcément elle était aussi  bi-carburateur et bi-réservoir : vous me suivez ? L’essence était stockée dans un jerricane hébergé dans le coffre de la voiture. Elle était essentielle au démarrage de la voiture. Dans un premier temps, une pompe à vélo assurait l’arrivée au moteur nous obligeant ainsi à nous arrêter toutes les dix minutes pour pomper jusqu’à ce que le moteur soit chaud. Très vite ce procédé archaïque et fastidieux fut remplacé par une pompe électrique. La voiture chaude, c’est le gasoil stocké dans le réservoir normal qui prenait la relève grâce à un prodigieux système de bascule assurée par une non moins ingénieuse manette.  Dans les descentes, nous coupions le moteur afin d’économiser l’énergie et en plaine, nous collions les véhicules lourds afin d’éviter la pression du vent. Je ne vous dis pas la tête du pompiste lorsque nous allions nous ravitailler en carburant !
 
Le véhicule ne nous servait pas qu’à rouler. On y dormait aussi. La nuit venue, un dispositif permettait de transformer les sièges en banquette. Nous étions six : les parents et la fratrie complète lors de ce voyage. C’était un peu étroit pour dormir alors la nuit, pour la bonne cause nous nous séparions et comme on était encore à une époque où il y avait de bonnes mœurs, les garçons dormaient dans la voiture et les filles cherchaient de petits hôtels ou squattaient les institutions religieuses. C’est ainsi que j’eus l’honneur de passer une nuit accueillie par les sœurs du Mont St Odile. Elle est pas belle la vie !

sainte_odile
 
Et puis il fallait manger aussi. Mon père avait remplacé l’oxygène d’une bouteille de soudeur par du gaz. Ne me demandez pas comment, je sais seulement que c'était très compliqué. Ce que je peux vous dire, c'est qu’il avait devancé, avant l’heure, la petite bouteille bleue de la firme camping-gaz.
 
Je récapitule : voiture bi-carburant, économie d’énergie, camping car aménagé, butagaz : n’étions nous pas en avance de quelques années ?
 
Cette histoire aurait pu se terminer mal. Après avoir vu différentes villes dont Ribeauvillé, Riquewihr, le Mont St Odile…. En montant vers le Haut Koenigsburg la voiture eut un violent coup de chaud. Lorsque mon père voulut vérifier le niveau du radiateur, un magnifique Jeyser en jaillit. Depuis, nous savons que c’est un geste à ne pas faire. Fort heureusement, il put éviter ce jet mais le peu d’eau restant disparut. Croyez moi à cette époque au Haut Koenigsburg, l’eau était rare. Un généreux guide face à notre désarroi réussit à nous en procurer un broc.  Nous étions là pour visiter le château, nous le visitâmes. Evidemment, la voiture refusa de repartir.
 
Les dieux étaient avec nous. Nous étions fort heureusement en haut d’une longue pente. Fidèle à son esprit pratique, mon père plaça la voiture en haut de la côte et, moteur éteint, le véhicule dévala lentement la descente pour s’arrêter  quelques kilomètres plus loin juste devant un garage à l’entrée de Sélestat. La vie vous fait parfois de jolis clins d’œil. Le garagiste changea le joint de culasse mais certainement déphasé par l’étrange moteur de l’engin le monta à l’envers. Nous pûmes rentrer sains et saufs mais un peu plus tôt et un peu moins riches que ce qu’on espérait. La réparation coûta la fin du voyage… Cependant avant de repartir, nous visitâmes encore Strasbourg,  mais dûmes cependant renoncer à voir la forêt noire. Nous pensions passer la dernière nuit dans le cinéma permanent que mon père avait connu avant la guerre, hélas : celui-ci n’existait plus. De plus, les hôtels bons marchés étaient bondés à cause d’un festival international.   Nous passâmes donc la dernière nuit tous ensemble blottis les uns contre les autres et solidaires dans le véhicule.
colombage_avant colombage

 
A notre retour mon père remis le joint de culasse à l’endroit, le moteur en l’état initial. La voiture roula encore de nombreuses années mais l’idée du gasoil fut abandonnée. La voiture qui serait aujourd’hui une belle voiture de collection termina sa vie à la lisière d’une forêt entre les champignons et les pommes sans sa boîte de vitesse. Ce fut un brocanteur de passage qui racheta à mon père cette dernière pièce.…. Elle méritait bien un peu de repos non….
 
Quelques années plus tard, nous repartîmes en Alsace dans des conditions beaucoup plus normales pour terminer le voyage prématurément interrompu.

devant_la_cathedrale cathedrale_strasbourg

 
Aujourd’hui, Les souvenirs que j’ai de ce voyage sont assez fuyants mais je sais que depuis j’ai une vision bien à moi de cette contrée : certes, je n’aime toujours pas la choucroute bien qu’on ait constamment essayé de m’en faire manger mais les cigognes ont pour moi quelque chose de magique, les maisons à colombages me fascinent, et aujourd’hui encore, le tic-tac et le carillon de la fabuleuse horloge astronomique de la grande cathédrale de Strasbourg résonnent dans ma tête. Si bien qu’à notre tour, il y a quelques années de cela avec ma fille, nous refîmes un peu comme on fait un pèlerinage, une troisième fois ce voyage. J’ai revu et toujours avec le même plaisir la grande horloge. Elle ne me laisse pas indifférente et je me plais à penser qu’elle a un peu de magie. Quand on est enfant, ce genre de souvenirs vous marque à jamais….

horloge_astronomique_strasbourg
 
De tout ça, j’ai gardé le goût des voyages bohèmes et la volonté de réaliser certains de mes rêves. Moi-même quelques années plus tard j’entrepris des voyages dans des conditions à peu près similaires à ce que j’avais vécu….
 
Allez, bientôt une recette alsacienne…
 
NB : Merci à ma famille et notamment à mon frère de m’avoir prêté leurs souvenir pour réaliser cet article. Sans eux, je crois que ça n’aurait pas été possible.
Pour les curieux, je suis sur une des photos, c'est facile à deviner. Non, non, je n'ai pas beaucoup changé....

(1) Après quelques recherches sur Internet, j'ai constaté que la maison Holweg s'est recréé en 1993 et réside toujours en Alsace à Molsheim. 

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Les sangliers

http://leplacard-d-elle.mabulle.com/index.php/2006/10/19/73267-les-sangliers
J'avais toujours cru que les sangliers, c'était des histoires. J'en ai jamais vu dans la forêt, alors pourquoi ils existeraient. C'est comme les loups les sangliers. Ca fait peur mais c'est dans l'imaginaire. Y'en avait juste dans les parcs et sur les dessins de Michel  notre voisin : quand j'entrais dans sa maison, j'étais au milieu de la forêt et des bêtes, y'avait que ça sur les murs. Jusqu'au jour où mon père m'a raconté ce qui suit : .

sangliers

Pendant la guerre alors qu'il soudait dans une usine de la Meuse, les allemands vinrent en lui annonçant qu'il avait gagné un séjour à l'île d'Oléron tous frais payés avec en prime sa participation à l'élaboration d'un monument historique, le mur de l'Atlantique. Ah non, vous n'avez pas compris, il n'allait pas faire un film avec Bourvil, c'eut été trop drôle,  non, il devait participer à la construction des fameux Blockhaus. C'est une habitude dans l'histoire, de tous temps les gouvernements construisent des murs, des murs et encore des murs.... Comme si les murs réglaient les problèmes....

Les allemands n'étaient pas franchement désagréables avec lui mais c'était somme toute des occupants et ça commençait à sentir le roussi près des côtes. N'entendait-on pas les rumeurs d'un débarquement ? Un beau jour, mon père eut une permission. Quelle aubaine pour s'enfuir ! En y réfléchissant bien, ne pas revenir c'était sanctionner les copains. Etant de nature sentimental, il échafauda un autre plan et mit à profit sa permission pour fabriquer une deuxième permission qui lui permettrait de s'évader. Ca sert à tout le bricolage....

Après ses quelques jours de liberté, il revint donc dans son camp. Puis, grâce à un sympathique maraîcher résistant qui lui avait filé une blouse de maraîcher normal, il refit  le sens inverse de son parcours, reprit le bateau, une fois débarqué retira sa blouse, prit le bus, le train, puis revint dans son cher pays natal. Sa fausse permission lui permit tout simplement de passer les contrôles multiples liés à l'occupation.

Mais voilà, l'ennemi n'avait guère le sens de l'humour. Il n'avait pas apprécié la farce et voulait le lui faire savoir.  Il devait  se cacher. Il y avait bien la grange dans laquelle il avait creusé des galeries entre les bottes de paille mais ce n'était pas suffisant.trancheesLes allemands étaient des gens curieux. Quoi de mieux que les bois pour bâtir son nid,  au milieu des arbres et des animaux. C'est au fond de la profonde forêt dans un lieu appelé Plaisance qu'il construisit son refuge : une cache en rondins et en feuillage au milieu d'une tranchée laissée par la précédente guerre , celle de 14-18 (pour une fois que ça sert une guerre).

Quand un jour  je lui demandai s'il n'avait pas eu froid, il me répondit : "ben non, dans la forêt y'a du bois pour se chauffer,  j'avais un lit c'était confortable". Alors, je lui dis : "mais t'as pas eu faim". "Non me répondit t'il " mes copains posaient des collets et je mangeais du sanglier tous les jours,  y'avait plus de chasseurs, c'était interdit  et qu'est ce qu'il y en avait des sangliers. Y'avait des sangliers et des chevreuils en pagaille. Un soir de nouvel an, on a du en retirer des collets. On pouvait pas tout manger." 

Evidemment, tout le village savait qu'il était là, mais voyez vous les gens en Argonne, ils causent pas beaucoup, surtout aux étrangers (ce sont surement des descendants du fier village d'Astérix et Obélix), et dans ces moments la, c'est drôlement bien. Les gaulois donc  lui filaient des tickets de rationnement et de la nourriture, la police menait de fausses enquêtes pour les romains... Je m'égare.... nous sommes en Argonne.... Ce n'était pas tous les jours aussi sympa, malheureusement. C'était la guerre quand même et parfois, il y eut des rafles à l'issue dramatique telle celle de ce résistant qui émettait sur les ondes et qui  fut fusillé. Mon père était au milieu des maquisards mais à ce moment là,  il ne le savait pas.

R3. mon père était entouré de deux anges gardiens eux aussi appelés R1 et R2. Les 3 R. formaient une sacrée équipe. 2 d'entre eux fricotaient avec les allemands et se tenaient ainsi au courant de toutes les nouvelles. Puis ils en informaient illico presto leurs copains. C'est comme ça que mon père échappa aux raffles. Tiens par exemple, un jour les allemands eurent envie d'aller à la chasse.Comme s'ils ne tiraient pas assez dans la vraie vie...   Les quatre oreilles prirent en main l'affaire et s'arrangèrent pour que la chasse ne passe pas sur le terrain privé de leur pote R3. Quoi de mieux pour les étrangers qu'un guide local. Tout le monde est gagnant !

Dans ces moments la, il faut survivre. Ensemble les 3R avaient monté une distillerie clandestine du nom de Fort Chabrol. Les 2 R amenaient dans la forêt le jus des pommes  (ça manque pas les pommes dans mon village) qu'ils avaient au préalable fait fermenter dans de grandes cuves clandestines en béton. R n° 3 distillait ce jus avec son alambic qu'il avait fabriqué de façon artisanale. Les 2 R. écoulaient la marchandise à l'ennemi. C'était mieux, croyez moi, car figurez vous qu'un jour mon père me confia un sourire au coin des lèvres : "Qu'est ce qu'elle était mauvaise la gnole, on distillait avec du fer, pas avec du cuivre, ils ont eu de la chance les allemands...."

Tout ça, ça a une fin et c'est beaucoup mieux comme ça. Le débarquement annoncé arriva mais pas là ou on l'attendait. Mon père s'engagea mais n'eut pas à combattre car l'ennemi fuyait. Toute sa classe avait été exemptée mais lui, suite à son engagement dût rester 14 mois et c'est dans un arsenal qu'il finit son service militaire. Ce qu'il retint, ce ne fut pas le goût des armes, non c'était les techniques du bricolage. Je vous en ai déjà parlé je crois....

foret

Bien plus tard, il y eut un parc à sanglier pas loin de là ou j'habitais. Tous les ans nous allions les voir. Il fallait prendre un long chemin à travers la forêt et c'était un vrai plaisir. Ils étaient en semi-liberté. Et puis un jour, le parc a fermé. Je ne sais pas ce qu'ils sont devenus mais je les ai beaucoup regrettés. J'ai bien essayé de faire des photos de leurs cousins les phacochères en Afrique. Mais pas de chance, soit l'appareil photo était en panne soit ils se sauvaient. Peut-être qu'ils connaissaient cette histoire ! En tout cas y'aura pas de recette de sanglier mais peut-être qu'un jour...  Par contre avec les pommes et la gnole, je peux faire quelque chose...

sangliers_ardennes

Si vous voulez voir de jolis sangliers dans leur milieu naturel,
cliquez sur cette image prêtée par un passionné.

Suite sur le prochain billet.......

PS : Attention aux tiques dans la forêt !!!!!!!!!! Ce sont vraiment de vilaines bêtes.

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Mon père, ce bricolo...

http://leplacard-d-elle.mabulle.com/index.php/2006/04/26/46124-mon-pere
Mon père était un génie du bricolage. Ses premières réalisations remontent bien avant mam naissance. Pendant la guerre, caché dans la forêt parce qu'il avait fuit le STO (service du travail obligatoire) il avait fabriqué l'alambic qui lui avait permis de survivre en faisant de la gnole infâme que ses camarades résistants revendaient aux allemands. Ensuite, faute de moyens, à partir d'une pièce de monnaie, il avait fabriqué une bague qu'il offrit à ma mère pour lui prouver son amour. Et toute sa vie, ce fut ainsi. Il récupérait des moteurs (machine à laver, voiture....) pour leur donner une deuxième vie. Au fil des ans, autour de la maison, s'accumulèrent des machines extraordinaires qui servaient soit à labourer le jardin, soit à transporter de la paille, soit à scier du bois....



l
d
g

k



bIl fabriquait tout ce dont il avait besoin : des rateaux, des échelles, des tuteurs de tomate, des échasses mais aussi l'agrandisseur  photo,  la table de ping-pong. Il y eut des réalisations prestigieuses, notamment une scierie qui servira à faire des planchers, des lambris, des poutres, des meubles et autres objets en bois...  Pour les petits enfants, il y eut le cheval de bois, le petit train...


Il fabriquait mais il transformait aussi et rien ne pouvait l'arrêter.  Son appareil photo à aplaque fut transformé en appareil photo à film, sa voiture électrique zdevint une voiture à essence. Eh oui, la voiture électrique n'est pas du tout une invention moderne. Elle existe depuis déjà quelques années. C'est pas tendance cette transformation,  mais la cohabitation de deux grosses batteries avec 4 mouflets, c'était pas possible, les batteries trop grosses prenaient toute la place. Bien entendu, la voiture avait été avalisée par les mines. Et puis,  Il y eut aussi la  voiture à essence transformée en voiture à gasoil, mais ça c'est une histoire que je vous réserve pour plus tard...........

Grâce à lui, nous pouvons nous vanter d'être une des premiers foyers ouvriers qui ait accédé au confort moderne parmi notre entourage. Lorsque Hoover lança sa première machine à laver en France, il étudia le modèle que possédait une de ses connaissances et avec une bande de copains recopia à l'identique la machine. Une dizaine de foyers purent ainsi profiter de cet équipement. Il y avait au dessus deux énormes rouleaux qu'on tournait à l'aide d'une manivelle et dans lequel on coincait le linge pour l'essorage. Je n'ai malheureusement pas de photos de cette machine et ça semble difficile à trouver.

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Mais le plus extraordinaire, ce fut sans conteste notre premier chauffage central. Un jour au fond du salon surgit une énorme fusée qui semblait vouloir décoller. Ca ne ressemblait à rien de connu jusque là si ce n'est les fusées envoyées dans l'espace. Cétait l'époque d'Apollo, peut-être s'en est il inspiré.  Cette fusée, était cerclée d'un horrible grillage qui servait juste à donner de la distance avec le corps pour qu'on ne se brûle pas. Ca marchait au fuel. C'était surmonté d'une grosse cheminée qui pointait vers le haut dans la chambre de l'étage supérieure. On avait troué le plafond pour faire monter ce tuyau. Et ce tuyau envoyait de l'air pulsé. Ce tuyau m'a longtemps intrigué car pour moi un tuyau, ca envoie de la fumée ! Le débit n'était pas suffisant alors il avait utilisé un moteur de mécano (jouet d'enfant de l'époque) pour en augmenter l'efficacité. Ca ne chauffait que deux pièces, mais ça marchait plutôt bien. Le verre d'eau du soir ne se transformait plus en glace... Evidemment, tout ça, ça fonctionnait avec le bois de la forêt voisine.

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Le génie créatif de ma mère excellait plutôt dans la cuisine et le jardin. Avec très peu de matière, elle savait faire beaucoup, elle était reine dans la fabrication de bonbons, petits gateaux, crèmes et autres douceurs à quatre sous mais excellentes, mais aussi dans l'art de la cochonaille (dont je n'ai absolument pas hérité) et de la confiture. Dans le jardin, y'avait absolument tout ce qui pouvait nous permettre de survivre une année entière : pommes de terre, poireaux, petit-pois, tomates, rhubarbe, groseilles, cassis, haricots de toutes sortes, salade, radis, persil, cornichons, oignons, ail..., la viande était élevée dans notre cour, les oeufs ramassés sur la paille et le reste on allait le chercher chez le voisin (lait, beurre et crème), dans le verger (poires, pommes, cerises douces et aigres, mirabelles, reine-claude, quetsches, noix) ou dans les bois (noisettes, champignons, mures, framboises, fraises....)

Alors, après ça, étonnez vous que pour faire de la cuisine, je bricole. Ce n'est rien à côté de ce que j'ai vu. Et puis, un jour j'ai récupéré ca. Allez, à votre avis qu'est ce que c'est...

moule


Bon, c'est trop facile, je vous l'accorde. Je vous en dirais plus dans mon prochain post !
Mais en attendant, je vous invite à lire le petit épilogue qui suit :





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Une semaine à la campagne

Façon Penglobe

tresor

Le trésor

lebutin

Le butin

petitscepes

Les plus petits pour la fricassée

groscepes

Les plus gros pour la soupe

girolles

Certainement une bonne omelette....

amanites

L'amanite : attention, faites toujours vérifier votre cueillette. En cas d'erreur, ce champignon peut être mortel.

potage

Velouté de cêpes

piedsrouges

Poellée de pieds rouges

omelettegirolles

Omelette aux girolles

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Le foin et la paille

http://leplacard-d-elle.mabulle.com/index.php/2006/07/26/60707-le-foin-et-la-paille
La période des foins et des moissons est une période particulièrement chère à mon coeur. Ce week-end encore je me suis laissée prendre par la féérie de ces champs si extraordinaires à cette saison et dont  lilo a su si bien faire ressortir toute la poésie.

foin1

Qui ne connait l'odeur du foin et de la paille. Des champs se dégageait après la coupe une odeur à nulle autre comparable.

champs2
Il y avait les champs de foin et les champs de paille. Fouler les champs de foins était un vrai plaisir. Je pouvais  observer de longues heures les parents retournant ce foin. Je ne m'en lassais pas cherchant la fleur séchée que je pourrais mettre dans un vase  ou autres trouvailles extraordinaires. Lorsqu'il était sec mes parents ramassaient à la fourche ce foin et l'entassaient dans une petite charrette. Mon travail à moi, c'était de m'asseoir sur ce tas et de le tasser au fur et à mesure de l'arrivée des  fourches. Quel plaisir,  c'était un bonheur indescriptible . Comme dans un manège petit à petit nous nous élevions puis une fois tout en haut, cahin caha et cahotant, nous reprenions le chemin de la maison essayant tel un funambule de garder notre équilibre en haut de cette montagne. La route n'était pas longue, la hauteur était relative et la vitesse très lente. Nous ne risquions pas grand chose.

champs1


Figurez vous qu'alors que je vous raconte ça,  l'odeur chatouille mes narines, le foin frôle mes jambes et pourtant, autour de moi, pas de champ. On n'oublie jamais ces instants.


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La période des foins n'était pas très longue. Alors très vite, nous courions chez le cousin voisin pour l'aider dans ses travaux de moisson. Il possédait des engins diaboliques et fumant capables de séparer le grain de la paille. Le grain était battu séparément après le retour à la maison. C'était un travail exténuant et très mauvais pour les bronches des ouvriers. Dans ma tête beaucoup d'images et de sons.

Restait, une fois le forfait accompli la paille sur le champ. La paille servait notamment à faire la litière pour les bêtes dans les écuries.  Les agriculteurs avaient besoin de petites mains pour ramasser cette paille et les petites mains, c'était les enfants tout simplement parce qu'un enfant, derrière un tracteur, dans les champs, au soleil et au milieu des blés, il est heureux et ne se rend même pas compte qu'il travaille.

On revenait donc dans les champs avec un tracteur et une presse ou botteleuse. Cette machine n'était pas aussi perfectionnée que les machines actuelles qui laissent sur place d'énormes rouleaux. De chaque côté, il y avait comme deux plaques d'aciers qui ressemblaient à des sièges. Sous ces sièges se trouvaient de gros rouleaux de ficelles. C'était le fauteuil des petites mains. Au centre la balle ou botte glissait. Les petites mains devaient surveiller la ficelle et refaire le noeud s'il était défait.  A la fin du travail, elles avaient droit à un excellent morceau de pain accompagné de fromage ou de saucisson. Le vin c'était pour les adultes.... Pas d'autre récompense. Notre récompense, c'était finalement l'honneur d'être sur le tracteur et d'être le maître des balles.

foin

Quelques jours plus tard on repartait dans les champs cette fois ci avec un tracteur et une gigantesque remorque pour aller chercher les bottes laissées sur place. Trop frêles, nous étions seulement spectateurs et quel spectacle ! Il fallait être fort pour envoyer les balles en haut du chariot. Nos cousins nous faisaient systématiquement une démonstration de leur force. Parfois, lorsque les champs étaient bien situés, nous avions le droit de monter en haut de l'édifice. C'était très impressionnant et certainement très dangereux. Le retour était toujours très lent et délicat, le chariot ne devait pas basculer. Il fallait une échelle pour descendre ou attendre que la paille soit déchargée. Fort heureusement mes cousins étaient habiles et il n'y eut jamais d'accident.

Lorsque les machines se sont perfectionnées nous n'avons plus suivi les tracteurs. C'était mieux pour les adultes beaucoup moins rigolo pour les enfants. Je ne suis plus allée faire les moissons depuis. Je n'ai pas de photo non plus parce que malheureusement on ne savait pas alors que ces instants d'éternité avait une fin.

Blé, orge et avoine étaient réservés au bétail. Je pensais que les humains n'en  mangeaient pas hormis la farine. J'ai ouï dire que  ma grand-mère faisait elle même sa farine et qu'elle la tamisait afin qu'elle soit plus blanche. Elle faisait son pain, d'ailleurs y'avait des fours à pain dans les maisons avant la grande guerre, et ce pain était excellent me disait encore récemment ma mère. Hélas ma grand-mère n'a pas fait de blog....!!!!

Aujourd'hui, on trouve le blé en grande surface comme céréale courante. C'est donc une recette à base de blé que vous trouverez dans mon prochain post.

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Le gratte-cul

http://leplacard-d-elle.mabulle.com/index.php/2006/06/19/55432-le-gratte-cul

ou, l'églantine de mon village... Amicales pensées à Tarzile


eglantine1

Le gratte-cul plus communément appelé églantine est la fleur par excellence qui symbolise mon enfance.  Dans nos campagnes y'avait pas énormément de fleurs cultivées, c'était surtout des fleurs sauvages : celles des arbres fruitiers au printemps, suivies par les primevères ou plus exactement le coucou  (pour la distinguer des espèces commercialisées), la violette si odorante (dans mon jardin, elle ne sent rien), le pissenlit qui après sa floraison faisait une grosse boule de duvet sur laquelle nous prenions un malin plaisir à souffler, les coquelicots et les bleuets si jolis qui coloraient les champs de blés, les marguerites que l'on effeuillait en se disant : je t'aime, un peu, beaucoup, pas du tout,  le bouton d'or qu'on se mettait sous le menton pour obtenir un reflet qui signifiait qu'on aimait bien le beurre.

Dans les jardins la mode était aux dahlias. Ma cousine se distinguait en plantant  des capucines et des impatiences. Mais c'était tout, pensez donc, l'agriculteur avait assez à faire avec ses pommes de terre, ses betteraves, son blé, son maïs, son orge, ses bêtes... et j'en passe. Il n'allait quand même pas mettre des fleurs.

Un jour des citadins sont venus s'installer dans mon petit village. Figurez vous que leur première marque de propriété fut de planter une haie. Ca fit très mauvais effet. Les mauvaises langues dirent que c'eut été plus intelligent de planter de la salade. Puis nos sympathiques voisins commencèrent à dire que les tracteurs faisaient trop de bruit. Ce fut la rupture et une marche vers l'intégration plus ardue pour eux. A qui la faute ?.... Enfin quoi, un tracteur c'est qu'il fait beau, c'est qu'Untel va passer, c'est qu'on va couper l'herbe du pré, c'est qu'on va ramasser du bois, c'est qu'on va avoir des pommes de terre, c'est......

fleureglantine

Revenons à l'églantine. Mi-juin, majuestueuse, on la voyait un peu partout. Elle faisait office de reine parmi toutes les autres avec ses longues grappes qui tombaient le long des chemins, ses nuances de couleurs entre le rose et le blanc, ses 5 pétales si délicates, son odeur si douce.

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Rustres nous étions nés, rustres nous sommes restés. Il ne nous serait jamais venu à l'idée d'utiliser cette magnifique plante dans une préparation culinaire et pourtant si on avait su ! Non, la seule chose qui nous intéressait nous enfant, c'était la mort de la fleur parce qu'après, on savait qu'elle allait se couvrir de grosses perles rouges et ça, ça nous intéressait. Dans ces grosses perles se trouvaient une poudre magique appelée poil à gratter. Commencaient alors les longues courses pour essayer d'en coller un peu dans le pantalon ou la chemise de notre ennemi du moment (j'ai longtemps cru que c'est de lui que venait le nom de gratte-cul pour l'églantier jusqu'au passage de Marcello qui a laissé un très intéressant commentaire que je vous invite à découvrir. Sa version me parait beaucoup plus plausible).

Grâce à Tarzile qui nous parle de son églantine et dans laquelle je n'ai pas reconnu la mienne, j'ai appris beaucoup de choses sur cet arbuste. Je me suis documentée. Le nom latin de mon églantier c'est la Rosa Canina L.

C'est le plus commun des rosiers sauvages, les fleurs ont 5 pétales blanches ou roses, le fruit est le cynorrhodon. Il est très utilisé en cuisine un peu partout dans le monde mais pas dans le petit pays des irréductibles et insouciants Argonnais. Il se compose d'akènes très durs et velus (poil à gratter), enfermés dans une "urne" charnue, rouge vif à maturité.

Fleurs et cynorrhodon sont comestibles : confiture (fleurs et cynorrhodon), arome pour thé, vin, dessert (fleurs), sirop, gelée, tisane, soupe (cynorrhodon).

Le cynorrhodon contient aussi de la provitamine A, de la vitamine B, P,K et E (cette dernière surtout dans les akènes). L'usage des cynorrhodons de nos roses de jardins est peu recommandable (hybridation, cultivars spéciaux), vaut mieux ceux de la belle églantine.

Le véritable gratte-cul

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Image prêtée par : (c) Azurs point net - licence Creative Commons


Les fruits ont un grand pouvoir curatif. Ils combattent l'avitaminose, la fatigue et stimulent les défenses de l'organisme. Ils sont efficaces dans le traitement des refroidissements et des infections grippales. Ils sont aussi diurétiques, stimulent la digestion, ont des effets bénéfiques sur le sang (hématopoïèse.)

Maintenant si vous souhaitez quelques recettes, je vous invite à suivre ces liens :
Et si vous en voulez beaucoup plus, tapez gratte-cul sur google. Le nombre de recettes est impressionnante.

Pour des information complémentaires, je vous invite à lire les fiches sur les sites suivant : Plantes comestibles ou le cynorrhodon.



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 Bon  lors de mon prochain voyage je pars à la recherche de gratte-cul...
Un jour je vous parlerais aussi du tape-cul mais ça c'est une autre histoire..........

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Les oeufs de paques, une grande histoire d'amour


Entre les oeufs de Pâques et moi, c'est une grande histoire d'amour !

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J'ai passé les premiers Pâques de mon enfance à attendre les cloches. Puis ensuite, sachant qu'elles n'existaient pas, j'ai passé les autres fêtes de Paques à faire la cloche en préparant les oeufs de Pâques pour les enfants des nouvelles générations.


Tout ça, ça commençait bien avant Pâques. Il y avait des poules à la maison et les oeufs s'entassaient à la cave. Une partie de ces oeufs étaient destinés à la cuisson et à la coloration pour ensuite faire partie des objets cachés dans le jardin.
  • Pour obtenir des oeufs marrons, on les faisait cuire dans une solution eau +  pelures d'oignons
  • Pour obtenir les autres couleurs, on s'aidait des colorants alimentaires. 
Autant vous dire que les jours qui suivaient Pâques, on avait pas le choix du menu. C'était oeufs dur, oeufs mimosa, oeuf en salade...

Mais ça c'était le travail de ma mère, nous les enfants, nous commencions bien avant. Mon frère le plus courageux d'entre nous mais certainement aussi le plus gourmand et le plus téméraire était chargé d'en gober une partie. Il faisait donc un petit trou de chaque côté de l'oeuf avec une petite épingle, élargissait un peu ce trou sur un des côtés, le portait à sa bouche et d'un seul coup gobait l'oeuf . Mais bon, on voulait décorer beaucoup d'oeufs, et il n'allait pas tous les gober, d'ailleurs je suis pas sur qu'il aimait vraiment ça !. Alors, pour l'aider, on perçait les oeufs, on élargissait les deux trous. On souflait et l'oeuf se retrouvait dans une assiette. On bouchait les trous avec un peu de cire de bougie. L'oeuf était nettoyé par un chiffon imbibé de vinaigre. La phase peinture à la gouache et collage terminait le travail. Voici le résultat :.


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Je pense que cette année là nous avions été inspiré par Tintin en Chine. Ceux-ci pour durer aussi longtemps ont été vernis.

Mais il n'y avait pas que ces oeufs là, il y avait aussi ceux que vous voyez  en dessous.


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Ces oeufs arrivaient régulièrement tous les ans par la poste. Il venait directement de Tchécoslovaquie qui n'était alors pas encore scindé en Slovaquie et Tchéquie. Non, Internet n'existait pas encore et nous ne les commandions pas !!!


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Seulement voilà. Ma mère avait eu la bonne idée pendant sa jeunesse de correspondre avec une jeune tchèque dans le cadre des échanges scolaires. Et ce fut le début d'une grande amitié. La guerre n'interrompit que quelques années cette correspondance. Mais les échanges épistolaires reprirent très vite sitôt les hostilités terminées.


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Les années passèrent. Toutes deux se marièrent et eurent des enfants. Un jour les enfants d'âge similaires se mirent aussi à correspondre entre eux, ma soeur avec l'ainée, moi avec Yvonna. Et ça dure toujours.




Presque 40 ans de correspondance entre les deux amies et jamais de rencontre. Anna la prof de français ne pouvait pas venir en France. L'Est était alors fermé à l'occident.

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Et puis un jour, avec ma cousine, on décida que ça allait changer. Avec quelques mois de permis et une 2 CV, on entreprit un voyage de reconnaissance ensemble. Ce furent des vacances inoubliables.


i6Deux ans plus tard j'emmenais enfin ma mère voir son amie. Je vous raconte pas l'émotion ! Ce fut digne de perdue de vue pour ceux qui connaissent ! Quelques quinze années  plus tard, c'est Anna qui vint visiter Paris et la France qu'elle aimait tant mais qu'elle n'avait vu jusqu'à présent qu'à travers les montagnes suisses. Et par la même occasion, les deux amies purent encore une fois se revoir.


i14Aujourd'hui, les oeufs n'arrivent plus, mais l'amitié n'a pas vacillé. Seul l'âge et les ennuis de santé empêchent les deux amies de communiquer. Quant à moi, j'entretiens toujours soigneusement ma relation avec Yvonna.


Lorsque les relations avec l'Est se sont améliorées, Yvonna est venue me voir en France avec son mari et ses enfants. Figurez vous qu'elle a eu deux garçons et  que moi aussi.

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Le croiriez vous, nos enfants sont nés les mêmes jours. Oui, ils sont nés les 5 avril et 28 décembre. Bien sur, ce ne fut ni dans le même ordre, ni la même année. Mais quand même, j'aime cette coincidence. Quand je vous le disais que c'était une belle histoire d'amour !!!!!!

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Les Pieds rouges


Lorsque j'étais enfant, j'adorais aller aux champignons. Il y avait des girolles (c'est le petit champignon jaune sur l'en-tête de mon blog), des trompettes de la mort, des cèpes, des pieds de mouton et des pieds rouges. Il y en avait plein d'autres de toutes les couleurs, mais quand on connait pas un champignon, faut pas y toucher. Il y en avait un, la vesse de loup qu'on aimait beaucoup écraser car elle dégageait lorqu'elle était un peu vieille un nuage de fumée qui nous fascinait. Et puis il y avait le petit rosé des prés.

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C'était une activité familiale et mon père était l'éclaireur. Il connaissait parfaitement la forêt. Les journées et les marches étaient longues. Ce n'était pas en lisière que poussaient les champignons (à part quelques uns (3)) mais au fond des bois. Lorsque nous étions séparés, on se lançait un cri d'appel pour réunir la troupe. J'ai encore ce son à l'oreille ainsi que celui de l'écho de la forêt. (Oh oh ? oh oh ? c'était ça le cri). Et puis ca sentait bon, parce que ca sent bon le champignon ! Une fois ou deux on s'était égarés mais c'était pas bien grave, car la région, on la connaissait bien. Seulement, y'avait fallu  marcher et encore marcher pour retrouver la voiture. Les téléphones portables ça n'existait pas. Fallait se débrouiller.

Les champignons affectionnaient particulièrement les tranchées laissées par la guerre. Le gros lot, c'était les trompettes de la mort. Elles apparaissaient en immenses tâches et nos paniers n'étaient pas suffisamment grands pour les contenir. Il fallait refaire un voyage. Dans les jours qui suivaient, les étagères de la cave s'emplissaient de bocaux. Des champignons y'en avait. Et on en vendait. Il y en avait tant que  mon frère avait pu s'acheter un magnétophone à bande avec le fruit de ses récoltes. Le magnétophone, c'était une nouveauté à l'époque et comme c'était amusant,  tout le monde voulait être enregistré. C'est ainsi qu'aujourd'hui nos chers disparus nous parlent encore un peu.

Lorsque nous n'allions pas aux champignons, une de nos activités favorites, c'était d'aller voir Evelyne pour aller faire la causette. Elle passait une bonne partie de son temps à éplucher les légumes de son jardin et à nous préparer une merveilleuse galette, la galette des Ardennes.

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Un  jour, ma cousine et mon frère avaient ramené des champignons à Evelyne. Cette dernière ne s'était pas fait prier pour leur en faire une omelette. Mais ma mère avait eu  vent de l'affaire. Elle était folle de rage. Pensez donc, habituellement, les champignons n'étaient jamais consommés sans un label d'authenticité donné soit par mon père, soit par elle même et là, c'était des pieds rouges appelés encore amanite rougissante, amanite vineuse ou golmotte qu'ils avaient mangés. Et avec les amanites, on rigole pas, faut surtout pas se tromper, ça peut être fatal.  A quoi donc pensait Evelyne ?. Ce fut un véritable incident diplomatique. Mais ça dura peu de temps car, voyez vous, dans notre famille, nous sommes des gens raisonnables !

Maintenant,  j'habite en ville et je me morfonds car il n'y a pas de champignons et ceux des étals ont grise mine. Le plus triste c'est que jeune je les ai boudé. Eh oui, je voulais bien les cueillir mais pas les manger. Les enfants c'est comme ça.....


Aujourd'hui y'a beaucoup moins de champignons dans nos bois, une cueillette trop intensive pour la vente, le non respect de règles élémentaires (1),  les coupes à blanc (2) de forêts  et enfin la tempête de decembre 1999 n'ont rien arrangé. Des pans entiers de forêt ont été détruits et aujourd'hui encore certains endroits sont difficilement praticables car encore jonchés de troncs d'arbre. Un vrai crève coeur.

(1) Exemple : ne pas cueillir des champignons trop jeunes.

(2) Pour des raisons de rentabilité, lors de l'exploitation du bois, on ne détaille pas, on coupe tout puis on replante et c'est ainsi qu'aux feuillus succèdent des conifères qui poussent beaucoup plus vite mais c'est aussi ainsi que l'écosystème change. Il faut des années pour obtenir des forêts de feuillus et quelques jours seulement pour raser le tout.

(3) Le rosé des prés quant à lui et comme son nom l'indique pousse dans les prés.

A venir tartelette aux champignons et galette des Ardennes (ou galette d'Evelyne)


Voir sur le site du conseil de l'Europe une Etude très intéressante (n° 122) concernant la menace qui pèse sur les champignons.

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Le pot de terre et le pot de fer

Le Pot de terre et le Pot de fer
Le Pot de fer proposa
Au Pot de terre un voyage.
Celui-ci s'en excusa,
Disant qu'il ferait que sage
De garder le coin du feu :
Car il lui fallait si peu,
Si peu, que la moindre chose
De son débris serait cause.
Il n'en reviendrait morceau.
Pour vous, dit-il, dont la peau
Est plus dure que la mienne,
Je ne vois rien qui vous tienne.
- Nous vous mettrons à couvert,
Repartit le Pot de fer.
Si quelque matière dure
Vous menace d'aventure,
Entre deux je passerai,
Et du coup vous sauverai.
Cette offre le persuade.
Pot de fer son camarade
Se met droit à ses côtés.
Mes gens s'en vont à trois pieds,
Clopin-clopant comme ils peuvent,
L'un contre l'autre jetés
Au moindre hoquet qu'ils treuvent.
Le Pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas
Que par son compagnon il fut mis en éclats,
Sans qu'il eût lieu de se plaindre.
Ne nous associons qu'avecque nos égaux.
Ou bien il nous faudra craindre
Le destin d'un de ces Pots

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Les escargots

escargot

Les fêtes étant fini, voici la vraie recette des escargots. Je n'ai d'ailleurs jamais compris pourquoi les escargots ont autant la côte aux fêtes de Noel. Pour moi, c'est un plat d'été.

Pour faire des escargots, il vous faut :
Attendre l'été, le ramassage est règlementé
1 pull
1 ciré
Des bottes
1 sac qui ferme
Une lessiveuse
Du grillage
1 réveil

Un beau matin d'été mettez votre réveil dès 4 heures du matin, déjeunez assez vite puis passez un pull, chaussez vos bottes. Il fait frais aux aurores et il y a de la rosée. Enfin partez vers les fossés humides sans oubliez votre sac.

Renseignez vous auparavant auprès des locaux pour savoir où se terrent ces petites bêtes mais en général c'est dans des fossés là où il y a de l'eau et de grandes herbes. Méfiez vous, les locaux sont souvent jaloux de leur secret, il n'est pas sur qu'ils vous renseignent.

Ramassez ensuite les jolies petites bêtes et mettez les dans votre besace, et méfiez vous, même si elles ne courent pas vite, elles cherchent quand même à s'échapper. Les escargots aiment aussi leur liberté et sentent bien qu'il va leur arriver quelque chose de mauvais. A votre retour,  mettez les petites bêtes dans une grande lessiveuse recouverte d'un grillage. Ou un autre grand contenant car tout le monde n'a pas de lessiveuse chez lui.

Afin que votre ventre soit plein, le leur doit-être vide, c'est la dure loi et la condition sine qua non pour manger de l'escargot. En conséquence de quoi, vous allez les mettre à la diète 4 à 5 jours.Y'en a qui disent qu'on peut quand même leur donner à grignoter un peu d'aneth ou de fenouil pendant leur supplice, pas pour leur plaisir mais pour le votre car ça les parfume.

Après leur jeune, jetez dessus du gros sel et remuez, ils vont alors se mettre à baver. Abrégez leur souffrance et aspergez les d'eau pour enlever cette bave gluante. Puis recommencer jusqu'à ce qu'ils aient fini de baver. Si vous êtes dégoutés, vous arrêtez, sinon vous poursuivez leur supplice jusqu'à ce qu'ils ne bavent plus pour les avoir enfin dans votre assiette. Ca se mérite des escargots !

Il faut les cuire vivant. Votre coeur vous lacherait-il ?...  Stooooooooooop....... J'arrête..., y'en a qui vont être déçu mais en fait je connais pas la suite. Chez nous, on a fait ça une ou deux fois, et puis on a abandonné. C'était trop pénible pour les âmes sensibles que nous sommes. Je sais qu'il y avait une histoire de court-bouillon et ensuite un petit beurre d'escargot suivi d'un passage au four.

Pour me faire pardonner, je vais vous révèler un secret. En fait, ma mère m'a toujours dit que les escargots ça n'avait pas de gout et que de toute façon ce qui était bon, c'est la sauce qui les accompagnait.  Je sais, beaucoup ne partagent pas son opinion et s'accorde à dire que les escargots, c'est merveilleux. Moi, j'ai trouvé accommodant de me ranger à son avis. Je fait donc régulièrement du beurre d'escargot que je jette sur des pommes de terre cuites au four. Et croyez moi, c'est vrai que c'est délicieux le beurre d'escargot..

NB : On se demande quel est le gars assez vicieux pour avoir trouvé la recette des escargots. Ce que je peux vous dire, c'est que les escargots sont un plat qui se mange depuis très très longtemps et pas seulement en France... Si vous voulez en savoir plus sur les escargots, depuis quand on en mange, d'où viennent-ils, je vous conseille cet article.

©CopyrightFrance

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Les éléments

Il a neigé et il fait froid. Lorsque je regarde les actualités télévisées, j'ai souvent l'impression que les éléments naturels sont toujours des catastrophes : attention alerte de niveau 2, attention alerte de niveau 3... Si je ne conteste pas le fait que certains phénomènes climatiques puissent être très dangereux, la réalité des faits nous le rappelle malheureusement parfois,  je ne peux cependant pas m'empêcher de constater que bien des fois ces éléments classés par Météo France comme potentiellement dangereux ont  été pour moi source de plaisirs intenses.

Le froid et la neige


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uand je me réveillais le matin dans ma chambre sans chauffage, la première chose que je voyais, c'était le verre d'eau de ma soeur qui avait gelé, puis doucement je levais les yeux vers la fenêtre et là j'apercevais ces merveilleuses étoiles sur les carreaux dues probablement à l'alchimie entre la condensation de l'eau à l'intérieur et le mordant du froid à l'extérieur. Ca brillait de mille feux. Je savais alors que j'avais de nouveaux jeux.



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lisser sur des plaques de verglas, ça n'a jamais été mon fort mais aller par les chemins et percer la fine couche de glace des ornières que les tracteurs avaient laissées l'été et qui l'hiver venu se transformaient en mare, j'adorais cela. Parfois le pied se coinçait et c'était un suspens immense pour savoir si nous récupérerions ou non notre botte.



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orsque la neige venait, c'était encore plus fantastique. Au delà de la luge et du traditionnel bonhomme de neige, nous nous faisions de temps à autre bâtisseur pour construire un igloo. Nous roulions une boule, la découpions en brique puis l'assemblions conformément à nos maigres connaissances et notre idée de l'habitation d'un inuit. Il est même arrivé une fois alors que la neige et le verglas avaient recouvert la route, que notre père, cet inconscient, attache la luge à l'arrière de la voiture et nous emmène ainsi à l'école. A l'approche de la grande côte, nous étions quand même remontés dans la voiture.  Comme c'était un peu dangereux, il s'était bien gardé de le raconter à ma mère.



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e garde aussi un souvenir inoubliable de l'hiver 76. La glace avait alors totalement enrobé les branches des arbres pendant que le soleil, insolent, brillait de mille feux transformant ainsi la route en une splendide rivière de diamants. Il est ainsi des visions de la nature éphémères dont il faut profiter car ce sont des moments très rares.



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t puis, je dois à la neige le plaisir des grogs chauds, et des mains gelées qui rencontrent le  radiateur, la joie de retirer des bottes humides, la sensation de bien-être lorsque vous pénétrez dans une pièce chauffée, la douceur d'une brique chaude dans son lit;...   et puis, et puis,  la tartiflette , ce plat que ma cousine m'a fait découvrir lors d'un séjour à la neige.


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La Placardelle


                                              Laplacardelle

C'est un petit village qui n'existe nulle part. Sur les cartes, ce n'est même pas un petit point. La plupart du temps il n'est pas mentionné. Et pourtant, il en est passé du monde la-bas. Mais aujourd'hui, plus personne n'est là pour le raconter. Sauf peut-être ce site que j'ai trouvé par hasard : Photos d'argonne

Oui, je sais ce n'est pas gai comme images. Lorsqu'on se ballade, on trouve souvent quelques bombes posées comme ça, bien en vu pour qu'on ne risque pas de les heurter au hasard des chemins. Personne n'y fait attention tellement on est habitué. Mais rassurez vous, elles n'explosent jamais. Enfin on ne me l'a jamais dit. Bon, c'est vrai, il arrive quelque fois qu'un promeneur imprudent se prenne une étoile dans le pied, vous savez une étoile, ce truc en fer que les allemands plantaient dans la forêt pour qu'en marchant on s'empale dessus. J'ai appris ce qu'était une étoile quand mon cousin a fait une mauvaise rencontre avec l'une d'entre elles. Mais depuis, il court toujours la forêt. Quand aux bombres, les dernières qui ont fait parler d'elles, ce sont celles qui ont retentit dans toute l'argonne quand un immense feu détruisit la forêt de pin. Cette forêt, on l'appelle la zone rouge. Allez savoir pourquoi. Mais depuis, plus rien.

En fait, les morts moi, je n'en ai pas entendu parler, c'est comme si cette histoire n'existait pas. Et pourtant mon grand-père était bien un poilu. Y'a plein de photos de lui dans nos albums. Moi dans les tranchées, je voyais pas des morts, je voyais des champignons : des cêpes, des girolles, des pieds de mouton, des trompettes de la mort (étrange nom, étrange résonnance). Dans les champs, y'avait des pommiers, vous vous souvenez des pommiers, j'adore les pommiers. Y'avait aussi des champignons de rosée, des pommes de terre et puis des vaches, plein de vaches. Le long des routes, c'était pas l'infanterie qui passait, c'était les échelles qu'on portait pour aller cueillir les cerises et les noix. Le long des champs, y'avait pas de soldats embusqués, non y'avait plein de ronces avec des mures dessus. Le long des bois, c'était des noisetiers, de merveilleuses petites fraises, et à l'intérieur du bois, la seule chose qui nous faisait peur, c'était le sanglier qui risquait de passer, mais on avait moins de chance d'en rencontrer un que de rencontrer un obus déterré. Y'avait aussi des sources d'eau auxquelles j'allais me désaltérer, fallait savoir où. Dans les fossés c'était des escargots et au fond des rivières, c'était des vairons (petit poisson excellent en friture). Sous les ponts, personne ne nous épiait, y'avait juste quelques chauve-souris qui de temps en temps nous effrayaient.

Quant aux terribles Blockhaus, ils ne nous effrayaient pas du tout, on en avait fait nos cabanes. C'était bien pratique pour les jours de pluie. Les plus artistes d'entre nous en construisaient de plus esthétiques dans la forêt (pas des blockhaus, des cabanes en bois).

Nota : Si vous avez la curiosité d'aller sur les photos d'argonne, vous verrez que le village était sur le front pendant la grande guerre. Il a d'ailleurs totalement été détruit à part une maison. J'ai souvent ironisé en parlant des gens de mon pays en disant qu'ils ressemblaient aux sangliers qui hantent leur forêt, aussi taciturnes qu'eux. Mais en fait aujourd'hui et grâce à ce blog, j'ai compris que l'histoire ne s'efface pas aussi facilement d'autant que parmi les habitants de ces villages, beaucoup sont des descendants de ceux qui ont fait la grande guerre.


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Les oranges de Noël

http://leplacard-d-elle.mabulle.com/index.php/2005/12/16/26109-les-oranges-de-noel

guirlande

Maman n'aimait pas Noël, elle n'a jamais aimé Noël. Elevée dans une famille chrétienne traditionnelle, fallait pas tout mélanger. Elle disait toujours qu'on pouvait faire des cadeaux à la St Nicolas mais pas à Noël, ça c'était une idée venue d'ailleurs, Noël c'était avant tout la naisance du Christ. Alors, à Noël on avait pas beaucoup de cadeaux. Nous, enfants ne partagions pas son point de vue. On avait envie d'y croire au père Noël. Elle pour ne pas nous décevoir nous laissait poser nos chaussures au pied du sapin. Comme mes parents n'étaient pas riches, (Bon, je vous arrête tout de suite, on n'était pas de la famille du Petit Poucet quand même !) eh bien on trouvait au petit matin des oranges et puis des pates de fruits qu'elle avait pris soin de faire elle même.

Mais même si elle n'aimait pas le Père Noël et tous ses cadeaux, elle adorait tous les préparatifs qui entouraient cette fête. Le matin, mon père partait vers la forêt (non je vous l'ai déjà dit, je ne suis pas de la famille du Petit Poucet). Il revenait quelques heures plus tard avec son trophée. On l'attendait de pied ferme. Puis on examinait sur toutes les coutures sa proie : il est trop grand, il est trop petit, il est pas assez fourni, y manque des branches. Passé ce rituel, il allait chercher un seau, mettait le sapin dedans, le coinçait avec des pierres et ensuite remplissait le seau d'eau pour que le sapin ne perde pas ses épines.

Ensuite, on s'amusait à le décorer. Ca allait très vite car il n'y avait pas grand chose à mettre dessus, une magnifique flèche en verre, un oiseau lui aussi en verre. de jolies boules en quoi ? eh bien en verre, de chétives guirlandes, et des bougies oui, vous avez bien lu des bougies. Leur bougeoir était en forme de pince à linge qu'on accrochait sur les branches. Enfin on complétait le tout par du coton pour faire la Neige. Et le soir de Noël, on avait le droit de les allumer. Quoi ! allumer des bougies sur un sapin rempli de coton ! Sont dangereux ces gens ! Mais les guirlandes électriques aussi c'est dangereux et on se méfie pas. Tiens, ma soeur elle a failli brûler sa maison avec.

Quelques années plus tard, au mystère du Père Noël a succédé le mystère de la guirlande électrique, comme il n'y en avait qu'une et que c'était la même tous les ans, allait-elle encore fonctionner quand on la brancherait. Mon père y veillait.

Sous le sapin fallait mettre la crèche. La Crèche avait été achetée année après année. Il fallait la repeindre tous les ans avec de la gouache. Elle faisait la fierté de la famille. Pour mettre la crèche, fallait faire le papier rocher. On commençait par badigeonner un papier Kraft de peinture marron, puis avec une brosse à dent et nos petits doigts, on projetait de la peinture de toutes les couleurs sur le papier. Vous savez : on trempait la brosse dans un peu de liquide coloré puis ensuite on passait le doigt dessus pour que ça gicle. C'était beaucoup plus rigolo que d'acheter le papier dans un Hyper. En plus de temps en temps, je vous raconte pas, ça dérapait.

La dernière étape, c'était le festin de Noël mais après la messe bien sur. C'est un peu comme vous avec moi, faut déjà que vous vous tapiez le pavé de lecture pour avoir droit à la recette. Et puis dans les jours qui suivaient fallait préparer les truffes qui étaient systématiquement distribuées à toute la famille et nous étions nombreux.

La buche de Noël,
Le paté de Noël
et les truffes au chocolat
A venir, si je retrouve la recette, les pâtes de fruits.

Si vous n'avez pas le temps de faire ces recettes à Noël, c'est pas grave parce que de toute façon, le paté ainsi que le gateau transformé en nid sont excellents aussi à Pâques. Pour ceux qui suivent, j'ai un nouvel appareil photo.


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Les vairons

J'aime le poisson et le premier souvenir de poisson qui me revienne, c'est celui du vairon. Jusqu'à la rédaction de cet article, je croyais que le vairon était le nom donné localement à ce poisson tout simplement parce qu'il était très petit. Prise d'un doute, j'ai vérifié son existence

Pour manger du vairon, il fallait le mériter. La première chose à faire c'était de trouver des vers de terre ou des asticots. Y'avait pas de magasin à côté pour en trouver dans une boîte, donc fallait creuser. Il fallait être courageux. Le plus dur, c'était pas d'affronter les asticots, non c'était d'affronter les garçons. Je crois bien que les asticots dans le dos, ça les a toujours fait rire.

Ensuite, on filait au grenier chercher notre vieux morceau de bambou au bout duquel pendait un fil de nylon. Le flotteur, c'était un bouchon mais quand même, y'avait un vrai hameçon. Ensuite, armés de notre gaule on descendait guillerets au bord de la rivière distante de 2 km de la maison. Fiers de nous, nous remontions quelques heures plus tard à la maison avec le fruit de notre pêche. Je n'y étais pas pour grand chose. J'ai bien essayé une ou deux fois, mais j'ai toujours eu un problème avec les animaux.

Maman les préparait ensuite. Soigneusement elle les vidait un à un (et c'est petit un vairon, ci-dessous photo du vairon ) puis les enrobait de farine et les jetait dans la friture. C'était excellent. Ca croustillait dans la bouche, un vrai régal.

Quelques années plus tard, pris de pitié par nos enfants qui essayaient vainement de pêcher du poisson avec un pot de yaourt attaché par une ficelle à un bâton, nous avons décidé de les initier à l'art de la pêche. On a donc acheté deux gaules. Mais les gaules sont restées dans le placard car pêcher, ce n'est pas si simple. D'abord, il faut une rivière et puis ensuite il faut un permis de pêche : les pêcheurs amateurs doivent adhérer à une association de pêche et de pisciculture et ça je l'ignorais. Nous, on voulait juste quelques poissons, pas plus. Alors on a posé nos gaules dans le garage.

Et puis quoi, de toutes façons, quelques années plus tard, on est parti visiter le désert. Vous imaginez vous, une cane à pêche dans le désert ?


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Le cochon qui crie

Je ne mange jamais de porc. J'en ai mangé mais j'en mange plus.

Lorsqu'il venait à la maison, tout le monde était content. Il était sympa, il aimait les enfants et avait toujours un mot aimable pour tout le monde. Non, il n'était pas du tout effrayant malgré son grand couteau. L'homme dont je vous parle on l'appelait le B., je ne sais pas si c'était son vrai nom c'est pourquoi je ne l'écris pas en entier. Puis il allait voir la bête, celle qu'on avait pris soin de nourrir dans l'étable. Ensuite on entendait un grand cri. Puis des bruits de gamelle et ensuite on allait voir le spectacle. Non, n'en déplaise aux défenseurs des animaux, ce n'était pas effrayant.