Non,
contrairement aux apparences, ce n'est pas un post pour vous éduquer à
l'art de la bonne table, je n'ai pas cette prétention. Plus simplement,
c'est le titre du mystérieux livre dont je vous ai parlé ces dernier
temps.
Certains et certaines d'entre vous connaissent certainement le film,
le festin de Babette.
Moi j'ai eu un véritable coup de foudre pour ce film et si vous êtes
comme moi, je pense que vous ne devez pas rater ce livre "l'Art de Bien
Manger". Je crois que Babette, elle même, l'aurait lu avec délectation.
Amateurs
de livres à images, fuyez : très peu d'illustrations ou alors
monochromes et un rien désuettes. Amateurs de jolis textes, chaussez
vos lunettes : des textes écrits avec un réel
talent, amour, humour, poésie et fantaisie, et à eux seuls, ils
sont un festin.
Dans une première partie,
Jean-Camille Fulbert-Dumonteil
(écrivain et gastronome
périgourdin, 1831-1912) nous dresse de succulentes et parfois
truculentes chroniques gourmandes. Lorsque je les lis, je ne peux
m'empêcher de penser à
Estèbe ou
Patrick, amateurs
de bonne chère et de bons mots. Je crois qu'à notre époque
Fulbert-Dumonteil aurait fait un excellent
blogueur et que ça l'aurait fort amusé... Lisez la description du
brochet ou l'histoire de l'omelette sans oeufs, vous en serez
convaincus.....
Au dela des bons mots glissés dans ses croquis, Fulbert-Dumonteil n'oublie en rien la gastronomie et nous
présente sur un plateau d'argent des recettes mythiques telles que
les ortolans
en cercueil
(ATTENTION, animal victime de son succès et en voie de disparition, très fortement et heureusement protégé), les cailles à la talleyrand, les tournedos rossini, le gigot de sept heures, la
bouillabaise des pêcheurs, les pieds de mouton à la ménéhildienne, les
poires "Suzettes"(Belle-Hélène) les escargots à la mode bourguignonne (sous forme de
drame culinaire) ou Provençale, le couscous, le gaspacho..... C'est savamment raconté ou plutôt conté. C'est
passionnant et on y apprend des tas de choses.
Dans
une seconde partie, écrivains, artistes et
amateurs nous livrent leurs meilleures recettes, le tout émaillé
d'anecdotes. On y apprend plein de
choses, notamment que Claude Monet avait fondé un dîner le vendredi chez
Drouant. La-bas se retrouvaient régulièrement autour d'un bon repas
des convives plus ou moins célèbres auxquels se mêlaient de temps à
autres
des personnalités telles Rodin, Lautrec, Clémenceau ou Edmond Goncourt.
Chauvinement, j'ajoute que ce dernier aurait proclamé à son pote Richardin que
la
Lorraine était le premier pays de cuisine du monde parce que c'est dans ce pays qu'on a inventé deux grandes choses: le beurré
d'écrevisses et le pâté de foie gras.
Puis
viennent les recettes d'Edmond Richardin (l'initiateur du
livre), des recettes lorraines, bretonnes (le fard qu'on cuisine dans
une soupe de lard) et enfin quelques recettes ardennaises.
Brillat-Savarin nous offre un petit interlude réjouissant avec ses
aphorismes. En dernier, les grands maîtres cuisiniers de l'époque nous
livrent leurs plus belles et mystérieuses recettes ainsi que leurs petits secrets. En parcourant ces pages, on y
apprend entre autre que le plum-pudding serait un descendant du fare
breton, que rosbif s'écrit roast-beef....
etc....

Quant à la
dernière
partie du livre, elle est classique, un livre de recettes tout simplement. On apprend avec
surprise qu'il y a un siècle, on utilisait déjà les fleurs en
cuisine dans les salades et dans les boissons. Vous y
trouverez certainement la recette de votre grand-mère que vous cherchez
depuis longtemps ainsi que toutes sortes de sauces aujourd'hui un peu
oubliées : ... sauce aux huitres, Béarnaise, Périgueux, Madère,
Ravigote, Chateaubriant, Grand-Veneur,.... beurre d'écrevisses, fond de
poisson, gelée de poisson... et j'en passe. Et puis si quelqu'un
est attiré par l'art de la cochonaille ou des
parties aujourd'hui désuètes des animaux, il trouvera là, l'art
d'accommoder, têtes, queues, oreilles, pâtes, sang..... ce que pour ma
part je vous laisserai bien volontiers.
Le dernier clin d'oeil que nous
fait l'auteur est de nous livrer les plus grands menus de l'époque et
là, on se prend à rêver... voilà un exemple :
MENUS MODERNES No 4. 25 janvier 1900,
40 couverts. — Souper. — Comtesse N...
ZAKOUSKI.
Canapés au Caviar.
Canapé au Saumon fumé.
Canapé aux Jerchis.
Canapé aux Oeufs.
Argoursis à la glace. — Betteraves marinées. Anchois à la Niçoise. — Harengs à la Livonienne. Puits pains à la Varsovienne.
Croûtes au Fromage.
VINS ET LIQUEURS.
Porto doré.
Eau-de-vie blanche.
Arak.
Kum el.
Cumin.
Genièvre de Hollande.
Pain noir. — Pain bis. — Pain blanc.
N.-B. — Zakouski était servi dans un salon attenant à la grande salle où avait lieu le souper.
SOUPER
Consommé glacé à la Madrilène.
Consommé chaud à la neige de Florence.
Truite saumonée au vin de Champagne.
Cuissot de Chevreuil sauce Cumberland.
Cassolettes de ris d'Agneau au Paprika.
Cailles à la Bohémienne.
Filets de Poulet aux pointes d'asperges.
Mousse d'Écrevisse à la gelée.
Sorbets à l'Alicante.
Gélinottes rôties flaquées d'Ortolans.
Salade Algérienne.
Truffe à la cendre.
Biscuits glacés Dauphinois.
Gâteau Monte-Carlo.
Friandises.
Desserts.
(RESTAURANT HELDER-ARMENONVILLE, Nice)
Olif aurait bien du travail pour trouver les vins ! hein
Mamina ! Et bien voilà un autre menu avec les vins, on ne se laissait pas abattre au siècle dernier
HOTEL RITZ
Menu d'été.
Melon Cantaloup.
Consommé Rossini. Crème de Champignons
Timbale de Soles Carlton
Suprêmes de Volaille au beurre noisette.
Fonds d'Artichauts fines herbes.
Selle de Chézelles en broche.
Pommes Savoisienne.
(Froid.) Canard de Rouen Vendôme.
Cœurs de Romaine.
Asperges d'Argenteuil, sauce mousseline.
Pêches Melba.
Friandises.
Corbeilles de fruits.
VINS.
Amontillado.
Berneastler Doctor 1884 (rafraîchi).
Château Léoville Poyferré 1878.
Magnums Moët Chandon 1889 (cuvée 36).
Château Mouton Rothschild 1875.
Château Yquem (Tête) 1869 (rafraîchi).
Grandes liqueurs.
La
plupart des recettes de ce livre sont accessibles. La cuisine est
faite à partir de produits locaux. Elles sont le plus souvent bon marché mais peuvent se
révéler parfois très onéreuses pour notre porte-monnaie contemporain
surtout quand elles font une part belle à la truffe. Il semble qu'en
1900, c'était un accompagnement courant. Sans doute qu'elle n'avait pas
atteint sa pleine notorioté et qu'on ne se la disputait pas encore sur
les marchés. Dommage pour nous !!!!!
C'est gratuit et téléchargeable
sur gallica, espace numérique de la blibliothèque de
France: Cliquer sur l'option "Rechercher" (bouton rouge en haut). Taper
Richardin dans "la zone Auteur". Choisir le N° 1, la cuisine française
: l'art du bien manger. Vous arriverez sur un aperçu. Il faut ensuite
Cliquer sur télécharger (en haut).Une page vous demandera le format
choisi et vous construira le livre. C'est seulement à la fin de cette
opération que le téléchargement sera possible. Cette version est difficilement exploitable : plus de
950 pages, pas de possibilités de recherche. Pour vous faciliter la
vie, et la mienne, je l'ai transformé grâce à un outil de
reconnaissance de texte en format Word. Evidemment, je n'ai pas fait
totalement la correction orthographique et vous n'y trouverez pas
d'images. La reconnaissance de texte étant capricieuse, la mise en
forme l'est aussi, mais l'avantage, c'est que vous pouvez faire une
recherche par mot et utiliser le copier-coller..., chercher un numéro
de page et par une recherche de caractères, arriver dessus.
Téléchargement : Version Word, format zippé de l'art de bien mangerVoici la liste des recettes testées venant de ce livre :
J'en ai fait d'autres mais je n'ai pas eu le temps de tout rédiger... A bientôt !