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Eglantine

Le Placard d'elle

Elle, c'est Eglantine. Ses racines sont en Argonne dans un petit village perdu à la lisière de la grande forêt. Eglantine vous parle de sa cuisine, de ses souvenirs, de là-bas mais aussi d'ailleurs...

La Placardelle

Mercredi 28 Decembre 2005, 14:04 GMT+2Par EglantineCet article a été lu 13 fois

                                              Laplacardelle

C'est un petit village qui n'existe nulle part. Sur les cartes, ce n'est même pas un petit point. La plupart du temps il n'est pas mentionné. Et pourtant, il en est passé du monde la-bas. Mais aujourd'hui, plus personne n'est là pour le raconter. Sauf peut-être ce site que j'ai trouvé par hasard : Photos d'argonne

Oui, je sais ce n'est pas gai comme images. Lorsqu'on se ballade, on trouve souvent quelques bombes posées comme ça, bien en vu pour qu'on ne risque pas de les heurter au hasard des chemins. Personne n'y fait attention tellement on est habitué. Mais rassurez vous, elles n'explosent jamais. Enfin on ne me l'a jamais dit. Bon, c'est vrai, il arrive quelque fois qu'un promeneur imprudent se prenne une étoile dans le pied, vous savez une étoile, ce truc en fer que les allemands plantaient dans la forêt pour qu'en marchant on s'empale dessus. J'ai appris ce qu'était une étoile quand mon cousin a fait une mauvaise rencontre avec l'une d'entre elles. Mais depuis, il court toujours la forêt. Quand aux bombres, les dernières qui ont fait parler d'elles, ce sont celles qui ont retentit dans toute l'argonne quand un immense feu détruisit la forêt de pin. Cette forêt, on l'appelle la zone rouge. Allez savoir pourquoi. Mais depuis, plus rien.

En fait, les morts moi, je n'en ai pas entendu parler, c'est comme si cette histoire n'existait pas. Et pourtant mon grand-père était bien un poilu. Y'a plein de photos de lui dans nos albums. Moi dans les tranchées, je voyais pas des morts, je voyais des champignons : des cêpes, des girolles, des pieds de mouton, des trompettes de la mort (étrange nom, étrange résonnance). Dans les champs, y'avait des pommiers, vous vous souvenez des pommiers, j'adore les pommiers. Y'avait aussi des champignons de rosée, des pommes de terre et puis des vaches, plein de vaches. Le long des routes, c'était pas l'infanterie qui passait, c'était les échelles qu'on portait pour aller cueillir les cerises et les noix. Le long des champs, y'avait pas de soldats embusqués, non y'avait plein de ronces avec des mures dessus. Le long des bois, c'était des noisetiers, de merveilleuses petites fraises, et à l'intérieur du bois, la seule chose qui nous faisait peur, c'était le sanglier qui risquait de passer, mais on avait moins de chance d'en rencontrer un que de rencontrer un obus déterré. Y'avait aussi des sources d'eau auxquelles j'allais me désaltérer, fallait savoir où. Dans les fossés c'était des escargots et au fond des rivières, c'était des vairons (petit poisson excellent en friture). Sous les ponts, personne ne nous épiait, y'avait juste quelques chauve-souris qui de temps en temps nous effrayaient.

Quant aux terribles Blockhaus, ils ne nous effrayaient pas du tout, on en avait fait nos cabanes. C'était bien pratique pour les jours de pluie. Les plus artistes d'entre nous en construisaient de plus esthétiques dans la forêt (pas des blockhaus, des cabanes en bois).

Nota : Si vous avez la curiosité d'aller sur les photos d'argonne, vous verrez que le village était sur le front pendant la grande guerre. Il a d'ailleurs totalement été détruit à part une maison. J'ai souvent ironisé en parlant des gens de mon pays en disant qu'ils ressemblaient aux sangliers qui hantent leur forêt, aussi taciturnes qu'eux. Mais en fait aujourd'hui et grâce à ce blog, j'ai compris que l'histoire ne s'efface pas aussi facilement d'autant que parmi les habitants de ces villages, beaucoup sont des descendants de ceux qui ont fait la grande guerre.


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argonne1418 dit

Bonjour eglantine

Bravo pour ton blog sur lequel je suis tombé par hazard dans le cadre de mes recherches. Je suis en fait l'auteur du site www.chez.com/argonne19141918 ...auquel tu fais référence. C'est sympa de voir que ce vieux site que je ne met plus à jour depuis belle lurette fonctionne encore !
Je suis en train de créer moi aussi mon blog toujours sur le sujet des combats de l'argonne en 1418 . Je ne manquerais pas de t'avertir.
Ma famille est originaire de là bas. Mes grands parents habitaient l'abbaye de Lachalade où j'ai passé toute mes vacances étant gosses. Nous sommes maintenant basés aux Islettes (aux Vignettes) où mes parents ont acheté une maison de campagne. L'abbaye est toujours à ma famille (oncles et tantes)

A bientôt

Hervé

Jeudi 18 Mai 2006, 14:48 GMT+2 | Retour au début

Bien sûr, tout a repoussé. Et les grands-pères ne nous ont pas parlé, à nous, de toute cette horreur. Je me souviens vaguement des papys qui se disputaient, chacun sa version de la bataille de Verdun, mais j'étais bien trop petite. Il y a quelques temps j'ai lu "Paroles de poilus" (je crois que c'est le titre), un recueil de lettres que les soldats envoyaient à leurs familles. Souvent ces lettres m'ont tiré des larmes. C'était une vraie boucherie, et c'est important de s'en souvenir, malgré la beauté des champs et sous-bois qui recouvrent les vieux champs de bataille.

Samedi 9 Septembre 2006, 17:54 GMT+2 | Retour au début

G D A dit

Bonsoir Eglantine,
Je vis ton Blog avec beaucoup d'émotion car il y a prés de 20 ans,,je fréquentais une JF de ton village qui est restée dans mon coeur tout comme ce si joli village pourvu de magnifiques paysages .
Je me souviens des ballades vers le Four de Paris , des virées à Binarville ou au Claon , la fête de Floran en Argonnes (je crois que c'est Floran ??)Et bien sûr les moissons avec ses grds parents agriculteurs .Il s'agit d'une tranche de vie qui restera à jamais gravée .
Voila Eglantine, aujourd'hui cette habitante du village devrait avoir 36 ans et elle est toujours dans mon coeur car nous n'avons pas eu le temps de nous dire adieux (il y a 17 ans) .

Mercredi 13 Septembre 2006, 00:43 GMT+2 | Retour au début