Le Placard d'elle

Le cochon qui crie

Je ne mange jamais de porc. J'en ai mangé mais j'en mange plus.

Lorsqu'il venait à la maison, tout le monde était content. Il était sympa, il aimait les enfants et avait toujours un mot aimable pour tout le monde. Non, il n'était pas du tout effrayant malgré son grand couteau. L'homme dont je vous parle on l'appelait le B., je ne sais pas si c'était son vrai nom c'est pourquoi je ne l'écris pas en entier. Puis il allait voir la bête, celle qu'on avait pris soin de nourrir dans l'étable. Ensuite on entendait un grand cri. Puis des bruits de gamelle et ensuite on allait voir le spectacle. Non, n'en déplaise aux défenseurs des animaux, ce n'était pas effrayant. Les jours qui suivaient étaient plutôt gais dans la maison.

Un va et vient constant. Des bassines qui clapotent, Des casseroles qui frémissent, des odeurs qui se répandent (pas toujours de bonnes odeurs, il faut l'avouer) des portes qui s'ouvrent, qui se referment, toute une frénésie. Puis ensuite des gens à qui l'on rend visite (les congélateurs n'existaient pas, c'était naturel de partager, on n'allait pas gacher la marchandise). Et enfin, des assiettes pleines de bonnes choses. Quelques mois plus tard, on descendait à la cave et à l'occasion d'une visite, on profitait encore de la bête, on partageait le jambon. Mais quand même, à part les cotes, je n'ai jamais réussi à manger réellement de cette bête.

Finalement, je me demande si ça ne vient pas de là, mon aversion pour la viande. C'est d'ailleurs pas une vraie aversion, c'est plutôt l'inutilité de supprimer un animal alors que je peux très bien faire autrement.

Aujourd'hui, on ne voit plus la bête qui meurt, on ne la voit même pas vivre, on ne l'entend plus crier quand on la tue mais peut-être bien qu'elle gémit tant elle vit mal. On l'achète, on la cuisine, on la mange, y'a pas de question à se poser. Haro sur ceux qui la tuent, mais à la poubelle le reste de la victime dans les assiettes. Les tueurs,on les voit plus, donc il n'y en a plus, ça veut aussi dire qu'il n'y a plus de victimes donc plus de sensibilité.

Aujourd'hui, j'ai des restes. Quand j'achète de la viande, je fais toujours attention que la bête soit bien élevé. C'est important l'éducation.

Et pour l'anecdote, le croiriez vous, un jour ma mère, qui se promenait dans le grenier a senti le plancher se dérober sous ses pieds. Et savez vous ou elle est tombé, dans l'auge des cochons. Je n'en ai plus jamais vu à la maison... Rassurerez vous elle s'en est bien tiré. Seulement deux cotes de cassé.


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Vos commentaires

1 Le Vendredi 9 Déc 2005 à 21:43 GMT+2, par Audovère

Quelle horreur les cochons qui crient d'agonie! Petite fille, j'ai longtemps été terrorisée par ces cris...
Tomber dans l'auge et se casser deux côtes c'est pas drôle....

2 Le Vendredi 9 Déc 2005 à 22:22 GMT+2, par MarieT

Non, c'est pas drole mais les enfants oublient et ont tendance à ne garder que le bon, car malgré tout, il y avait de bons moments. Je ne veux vraiment terroriser personne mais plutot sensibiliser les gens à la condition actuelle des animaux de table qui meurent peut-être mieux mais vivent très mal. Ils ne crient plus quant on les tue mais quand on les emmène. Au moins, durant leur vie, les animaux de ferme étaient souvent presque libres et heureux.

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